Logo Allmyblog
Logo Allmyblog
Lien de l'article    

LEDORMEURDUVOL

Bienvenue dans ma crypte... Je suis LeDormeurDuVol, ou Linceulite, une chimère onirique, un être de l'ombre se nourrissant des frustrations du monde, des sentiments perdus, des peurs et des pleurs que nous portons en nous..
Attention, certains de mes textes sont RESERVES A UN PUBLIC ADULTE et peuvent choquer. Personne ne vous oblige à les lire, et si vous ne m'aimez pas, passez votre chemin....
Contacter l'auteur de ce blog

CATEGORIES
- Introduction
- Poèmes et Poésies
- Nouvelles et Histoires
- Les Enfers (adultes)
- Photos et Illustrations

5 DERNIERS ARTICLES
- APARTE ZERO - L'homme de Budapest.
- La belle aux eaux dormantes.
- La Rose et le Piano
- Rencontre avec la peur (1)
- Vie et Mort d'un Rodeur...
Sommaire

BLOGS FAVORIS
1.Vagintello
2.Lessentimentsdunevie
Ajouter ledormeurduvol à vos favoris
 La belle aux eaux dormantes. Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 
Cliquer pour agrandir

Il était une fois la fille d'un roi et d'une reine dans un pays merveilleux et magique. La princesse Aurore était belle comme le jour et ses cheveux blonds avaient capturé toute la lumière d'un soleil d'été.

Oh oui, de par les sept mers et les sept royaumes, on n’avait pas vu une aussi belle princesse.

Le roi et la reine étaient si fiers de la blanche peau, de lait et de miel, ses yeux, amandes teintées de saphir, de sa bouche de cerises mures qui formait un doux cœur prompt à faire fondre de beaux prétendants. Car ceux qui voudraient la prendre en épousailles sont bien nombreux et galants.

Souvent une missive arrive au palais, c'est nombre d'invitations: qui un souper, qui une fête, ou un voyage à l'étranger. Alors on part en calèche, avec le petit Prince à ses cotés, sur les routes bordées d'arbres où poussent fruits acidulés. C'est une vie bien agréable de visiter villages et châteaux, de voir foires et fait d'armes de chevaliers bien orgueilleux.

Le carrosse va vite et ses roues marquent profondément la route en ce soir où la nuit douce voit s'envoler les lucioles. C'est à flanc de montagne qu'une rivière longe que le dragon est apparu.

De ses deux yeux immenses, de son souffle bruyant, il occupait toute la route et brassait tellement de vent que les chevaux effrayés ont fait un écart, et le carrosse a basculé parmi les roseaux, les nénuphars et les chants des poules d'eau.

Le petit Prince s'est envolé dans une explosion d'étoiles qui retombent en cascade sur les jolis cheveux blonds. Aurore dort au milieu des eaux calmes, portée par des amis poissons.
L'eau est douce, chaude et épaisse, et forme un berceau accueillant à celle que tout le monde trouve belle. Parfois des oiseaux aux plumes rouges, viennent voler devant ses yeux, ce n’est assurément rien de mal que cette rencontre avec le dragon.
D'ailleurs les chevaliers en blanc surcot, templiers aux rouges croix, et archers forts serviables, toute l'armée du roi à vite fait de ramener Aurore au château.

Mais quelle est donc cette langueur qui fait pâlir la joue, poser une ombre à ses yeux ? Voilà que la jeune princesse, d'un sommeil mystérieux, se voit ensorcelée.
Et tous les alchimistes, et fabricants de baumes, de venir essayer de lui ouvrir les yeux.

"Qu'importe s'il faut oindre, s'il faut des fumigations, je veux que ma fille cesse d'être victime de cette malédiction!" Le roi a parlé de sa terrible voix, et tout le royaume se met en quête d'un remède, d'un rebouteux ou d'une étrange potion.

En désespoir de cause, on fait venir les fées d'un royaume voisin. Elles sont sept, comme les pétales de la rose, sept comme les astres et leurs métaux, qui viennent sauver celle qui dans le royaume, à mots couverts, on nomme, "La princesse à la pâle figure", "La rêveuse des roseaux".

Chacune s'occupa de ce qu'elle savait faire, et leur savoir fut bien utilisé. L'une, de ses mains, se chargeait de son visage, massant, appliquant savantes essences censées la réveiller. Une autre de ses jambes, ses pieds, par des manipulations, appareils étranges qui pourraient la chatouiller. Et la troisième qui par des huiles fumées, vapeurs magiques respirées, pensait pouvoir la faire sortir des songes où elle est tombée.

Jusqu'à la dernière, de prévenir "Nous ne pourrons pas la réveiller, seul nous pouvons empêcher qu'elle se change en pierre froide pour l'éternité. Et plantant l'aiguille d'un fuseau dans le jeune corps blanc, elle promit un calme sommeil de cent ans.

On installa la princesse dans la plus belle chambre, embaumée par les lys et les gypsophiles, entremêlées de liserons des champs. Chaque matin un oiseau venait se poser sur sa main et chaque soir le roi maudissait le dragon qui avait fait disparaitre le petit Prince et ensorcelé sa fille.

Le temps passa et les royaumes passèrent, roi et reine furent oubliés. L'oiseau venait toujours, de même que les fées, pour constater que le songe ne s'était pas arrêté.

L'oiseau avait toujours le même chant, obsédant et rythmé, comme un coeur qui bat. Du fond de son sommeil Aurore l'entendait parfois, de même que des voix feutrées par l'oubli.

Un jour l'oiseau sembla se changer en prince, car une voix douce murmura à son oreille "Qu'elle est belle".

C'est un jour une main qui caresse le front, puis des doigts qui plongent dans ses cheveux. Son sein blanc qui fascine, le velours de sa cuisse. Chaque jour l'oiseau vient prendre corps humain. Aurore le sait, le sent, même si c'est loin, même si c'est imperceptible, un prince est là, venu pour la sauver...

Du fond de ses songes si lointains, petit à petit, cette douceur réveille Aurore qui revient de son si long exil dans le néant.

Cent ans… elle ne sait pas pourquoi mais elle sait qu’elle a dormi longtemps, si longtemps. Sous ses paupières fermées, obstinément closes à l’univers extérieur, elle entrevoit des images qui traversent son esprit. Des choses qu’elle ne voudrait pas voir, ne pas savoir… Le dragon hurlant, ses grondements, ses yeux jaunes lumineux qui foncent sur eux… Elle retombe dans l’ombre et le silence. Juste, quelquefois, cette impression d’une tendre présence.

Cheveux blonds emmêlés, collés au front, Aurore frôle encore les bords de l’au-delà. Elle s’agite, les tubulures blessent sa peau devenue diaphane. Des cris, des hurlements, du verre brisé, de la tôle froissée… Elle replonge dans l’eau sombre de l’étang et de son inconscience.

Elle rêve… Elle rêve…

Elle rêve d’un Prince, de quelqu’un qui viendrait la chercher, qui la prendrait par la main et l’aiderait à remonter du fond noir et glacial du lac. Une chaleur au bout de ses doigts. On caresse sa main, la tient serrée. C’est différent de ce qu’elle ressent parfois, quand on la bouge, qu’on la retourne, qu’on la lave, elle repart alors dans son néant même avant la fin. Là… là, on est là. Juste pour elle. Pour la ramener de là-bas. Pour l’aider, la sauver. Des sirènes, des éclats aveuglants, des éclairs rouges… Ses yeux la brûlent, elle a mal, si mal, elle s’entend hurler… La nuit l’engloutit à nouveau.

De la lumière filtre sous les paupières. De la pénombre en réalité mais ses yeux qui n’ont pas vu depuis si longtemps en sont blessés et se referment instinctivement. Une drôle d’odeur, un peu aigre… les parfums des fées de son rêve… Encens qui piquent la gorge. Ses yeux se rouvrent sur les murs clairs et lisses. Elle n’est pas dans un château. Le chant obsédant de l’oiseau qui est toujours là. Un oiseau qui ne dort jamais. Lui...

Elle n’est pas seule, elle le sent. Son prince est là. Une main tiède est en ce moment posée à l’intérieur de sa cuisse et remonte doucement entre ses jambes avant de redescendre au genou. Elle entrevoit les cheveux bruns, courts, de quelqu’un qui lui tourne le dos. Une mélopée, si douce, une berceuse… Elle voit un tatouage, un oiseau, sur la nuque. Son prince chante pour elle. Aurore s’apaise, se rendort.

De la lumière vive cette fois. Elle sent de la chaleur sur son visage. Le soleil… elle sent le soleil. On s’agite autour d’elle, elle entend des voix, des indications, un peu plus de quelque chose, un peu moins d’autres choses. Elle voudrait dire aux Fées que ça y est, qu’elle est remontée de l’étang, qu’elle…

Les souvenirs s’engouffrent dans son esprit comme un torrent furieux. Elle revoit la route, le camion hurlant, la voiture qui bascule dans le ravin, l’eau qui envahit tout, la main de l’enfant qui se tend… Qui s’échappe… Mon enfant ! Rendez-moi mon fils ! Elle entend un hurlement inhumain qui rebondit sur les murs nus avant qu’une aiguille miséricordieuse ne lui rende la nuit qu’elle n’aurait pas dû quitter.

Un silence cotonneux. Une nuit neuroleptique en apesanteur. L’odeur des médicaments. Ses yeux qui se posent sur le chant incessant de l’oiseau captif, le battement de son cœur qui refuse de se taire sur l’écran du monitoring.

Ne reste de la magnifique Princesse Aurore qu’une gisante épuisée, amaigrie, sur un lit d’hôpital, qui s’est battue du fond de son inconscience pour vivre et dont les yeux pleins de larmes ne peuvent plus oublier pourquoi elle aurait voulu mourir.

La porte s’ouvre doucement. Cette nuit encore il vient la voir. Dans la profondeur du sommeil de l’hôpital, il se glisse dans sa chambre et s’assoit pour la regarder. Le prince à l'oiseau. Quelques minutes, quelques heures, elle ne sait pas.
Comme un rituel immuable, il se lève, va chercher un peu d’eau tiède, du savon, une serviette et minutieusement, il dénude petit à petit la femme immobile et il la lave, la sèche comme on le ferait pour un enfant. Jusqu’alors Aurore s’endormait, comme rassurée.

Mais quelque chose change. La conscience revient. Ses yeux se ferment mais elle ne dort pas. Elle sent les mains qui remplacent le linge. Les doigts qui s’attardent sur ses seins, qui descendent sur son ventre et se glissent entre ses cuisses. Pour la première fois, elle s’aperçoit qu’il s’immisce en elle. Ce n’est pas… Il ne devrait pas… Elle manque d’air, elle ne peut pas crier, elle n’a plus de voix et sous l’effet du choc ses yeux s’ouvrent pour voir l’homme qui est à côté de son lit en train de se caresser… Elle s’évanouit.

Aurore est en train de tomber dans un gouffre plus profond encore que celui dont elle s’est extirpée. En cauchemar un oiseau géant l'attrape dans ses serres, s'enflamme, se consume, pour renaitre encore et encore chaque nuit. Un terrible phoenix aux yeux jaunes, comme ceux d'un camion fou.

Nuit après nuit, l’homme revient. Toujours le même rituel, la toilette, les caresses. Elle n’a pas retrouvé la parole. La journée elle s’agite, elle voudrait communiquer, raconter. Cela n’a pour effet que de faire augmenter la dose de calmants qui la rendent encore plus prisonnière de ce corps qu’il manipule sa guise.

Il s’est rendu compte qu’elle avait repris conscience. D’une voix douce, toutes les nuits, il lui parle. Il lui raconte sa vie et Aurore voudrait crier, partir en courant, le tuer, mourir peut-être. Tout ça à la fois. Tout sauf l’écouter lui raconter comment cette nuit-là, il a foncé sur leur voiture avec un camion volé pour écraser volontairement leur petite vie familiale. Comment il était heureux de voir qu’il ne l’avait totalement tuée. Cela ne marche pas toujours, il y a souvent des ratés, mais avec les nouvelles voitures, il y a davantage de blessés. Comment il l’a repêchée en priorité, laissant mourir au fond de l’eau son mari et son petit garçon. Il l’avait vu au restaurant, il l’avait trouvé belle, tellement belle… Tellement sienne!

Et tout en elle hurle, se bat, tente d’empêcher la folie de la gagner. Le jour elle se dit qu’elle a rêvé. Et malgré elle, la nuit revient. L’homme aussi, revient toutes les nuits. Il lui dit comme il l’aime ainsi, si douce, si calme, si offerte. "Les femmes devraient toujours être ainsi n’est-ce pas mon ange ?"

Les caresses insanes, les confidences de sang dites d’une voix si douce… Aurore tombe, Aurore sombre dans une tombe…

Ce matin, elle a parlé. Enfin, c’est juste un balbutiement, à peine un croassement presque inaudible mais c’est le signe que son corps recommence à lui obéir un peu. Si peu, mais du fond de son esprit noyé de peine et de terreur, un espoir irraisonné remonte. Elle va pouvoir raconter ce qui se passe et tout va s’arrêter. L’ombre maléfique va cesser de venir, de la torturer, de lui voler ce qui reste de sa vie.

Cette nuit-là, il est encore revenu. Toilette, caresses… Un minuscule gémissement est sorti des lèvres d’Aurore quand encore une fois il s’est aventuré en elle. Il a eu un mouvement de recul et pour la première fois, il l’a regardé dans les yeux. Dans la pénombre, deux lacs d’onyx sombre se sont plongés dans les yeux bleus d’Aurore et c’est là qu’elle a compris.

Il s’est éloigné et elle a entendu l’eau couler dans la salle de bain. Il est revenu et lentement, avec précaution, il a retiré du corps allongé toutes les aiguilles qui la transperçaient et la reliait aux tubulures, aux machines, aux médicaments qui l’avaient maintenue en vie jusqu’alors.
Soudain, l’oiseau ne chante plus, le monitoring ne rythme plus la vie d’Aurore.

Elle se sent soulevée dans des bras chauds et puissants tandis qu’une voix douce murmure à son oreille: "Pourquoi ne pouvez-vous pas vous taire éternellement ? Pourquoi ?". Tant de peine dans cette voix, tant de regret… Aurore qui commence à manquer d’air sans le respirateur entre dans l’ombre de la salle de bain, portée par le Prince qui vivait dans ses rêves.

L’eau tiède enveloppe à nouveau son corps, comme dans ses souvenirs, comme dans le lac tandis qu’elle s’enfonce sans pouvoir lutter dans la baignoire. Une main appuie sur sa tête et la maintien sous l’eau. Elle ne peut pas résister. Elle ne veut pas non plus. Son dernier regard, au travers du liquide, est pour l’homme qui est en train de la tuer, comme il a tué son mari et son enfant. L'homme au phoenix tatoué sur la nuque...

L'oiseau se détache, comme une pelure de pomme, il décolle, plat comme une feuille au vent, il se cogne aux murs qui se fissurent, qui s'écroulent, dehors le ciel est bleu, il va l'emmener là-bas, au pays enchanté, elle est de retour... de retour...

Quelques bulles d’air puis plus rien. Une larme coule sur la joue de l’homme agenouillé. Juste une larme pour sa princesse noyée.
Elle tombe dans l'eau dormante, petite goutte salée dans une mer apaisée.

Il s’essuie sommairement et disparait dans la nuit. Bientôt… Bientôt, à nouveau, il lui faudra une autre belle.

Une autre belle aux eaux dormantes. Une très sage poupée...

Nuitsdinsomnie et LeDormeurDuVol (Contes pour enfants gothiques - 2010)

 

(Musique: Marilyn Manson - Sweet Dreams)

  Lire le commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 20-06-2010 à 16h45

 La Rose et le Piano Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

L'homme était sur scène, tout habillé de noir, nimbé de lumière qui le rendait si grave.

Assis au piano de bois laqué brillant, il était beau, grand, si concentré. On pouvait sentir en lui mille et un tourments qui lui donnaient un air si romantique. Moi au premier rang, je me sentait comme faisant partie d'un tout, d'une salle plongée dans le noir, toussotante ou chuchotante, je sentais les respirations rythmées par la mienne, les coeurs qui battent, à l'unisson.

Soudain ces grandes mains se soulèvent, ses doigts effleurent les touches d'épicéa recouvertes d'ébène et d'ivoire.

Le silence se fait total, presque angoissant.

Et tous les tourments s'en vont, avec les premières notes du Prélude de Rachmaninov en Do dièse mineur.

Le pianiste est beau, on le sent vivre chaque note, ses doigts courent sur les touches comme des pattes d'oiseau. Il ferme les yeux et j'ai l'impression que c'est de plaisir, mes mains sur son torse, ma bouche lui offrant tout le plaisir que je peux lui donner. Je suis jalouse de ce piano que ses mains fortes caressent, de ses doigts agiles qui enfoncent diatoniques et chromatiques dans une harmonie de notes qui s'élèvent.

Parfois ses lèvres se rejoignent, il forme un baiser de la bouche, comme pour susurrer à son piano de bien garder le rythme, de ne pas s'affoler, de jouir avec lui. Car on sent dans les envolées, à son front qui se perle, à son souffle rapide, comme un plaisir qui monte, une folle déferlante de notes basses qui viennent frapper mes reins et creuser délicieusement mon ventre. Je me sens faire les mêmes mouvements avec mon bassin que lui avec sa tête, comme une communion, comme un coït à trois.

Et ses doigts qui vont vite, comme par une vie interne, indépendants de lui, font encore monter un enchevêtrement de notes, qui coule en cascade et mouille corps et âme. C'est le plus beau moment, de ce doux prélude, comme un préliminaire, invitant à l'amour. C'est le bruit d'un miroir qui se casse, des notes qui rebondissent et fondent en petite pluie. Je serre un peu les cuisses, j'ai les joues un peu rouges, et mes yeux, brillent un peu plus dans la nuit.

L'homme est essoufflé, comme en transe, il termine, il achève, il abat, solennellement les dernières notes. Comme un reproche, un regret, ses doigts qui se font griffes, s'élèvent encore une fois et retombent sur le Do.

Et pendant que le piano résonne, comme un chat qui ronronne, l'homme se lève, et pour bien faire comprendre que c'était son dernier concert, incline la tête et lance un adieu...

Il est déjà parti, et la foule se lève, je lance alors la rose que j'ai achetée pour lui, cette rose, c'est la mienne, celle que je voulais lui donner, comme une offrande, au seul homme, que j'ai jamais aimé.

La rose est restée, personne n'est venu la prendre, et elle est toujours là, sous la poussière tombée.

Le vieux piano résonne, encore de ce Do dièse, mais mon coeur ne bat plus de cet amour fané.



(Copyright Ledormeurduvol 2010)

 

(Musique: Rachmaninoff Opus 3 Numero 2)

  Lire le commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 20-06-2010 à 15h53

 Vie et Mort d'un Rodeur... Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

Un jour... je poserai mon porte-plume, fermerais mes bouteilles d'Encre à dessin Rohrers bistre et sépia, rangerais dans la boite de laque rouge Chinoise mes fusains, craies sanguines, pinceaux Japonais de bambous, estompes et gommes mie de pain que j'ai façonné en formes de crânes. Je rangerais délicatement dans ma sacoche de médecin de campagne en croûte de porc ma boite d'aquarelles Italiennes, les tubes de Tempera à l'oeuf Daler Rowney, les médiums, les bouteilles de siccatif, térébenthine, l'éther qui m'enivre et calme mes modèles quand je deviens Fragonard sculpteur de chairs; mais aussi les petites fioles de vernis à craqueler, à retoucher, patine, poudre d'or et de bronze, et celle de sang séché. Dans l'étui de cuir noir qui sent le moisi aux chiffres "1888" dorés à moitié effacés, je replacerais mes "outils", le scalpel brillant, le long couteau à cartilages, la pince à disséquer, le marteau à crochet, la scie à os, le périostotome, le costotome, le ciseau burin, le rachitome de Mussat, quelques rugines à 5 tranchants...

Je caresserais doucement les têtes de Angelo le blanc et de Buono le noir, mes deux chats angoras, mes fidèles amis depuis de si longues années, en regrettant quand même de n'avoir pas eu le temps de remplacer l'oeil de Bueno qui en tombant à roulé sous l'armoire. Je rangerais dans leurs pochettes jaunies mes 78 tours d'opéras, et dans leurs boites les cylindres de cire pour mon phono-Lyre Puck de marque Carette de 1910. Combien de fois ai-je écouté "Un bel dì, vedremo" de Madame Butterfly gravé en 1906 dans la cire conservatrice? Et également Faust, La Nonne sanglante, Pia de' Tolomei, ou le Persée de Lully aux mots que j'aime tant entendre:

"Je porte l’épouvante et la mort en tous lieux;
Tout se change en rocher à mon aspect horrible;"

Qui me font songer au logogriphe de Joséphine Audra que j'ai punaisé sous le tableau de Hébert Ernest Antoine Auguste "Ophélie":

"Ami lecteur si tu me décomposes
Voici mes quatre métamorphoses.
Je fais voler sur les eaux
D'immenses bâtiments et de frêles bateaux.
Tu ne peux sur ta table
Supporter mon goût détestable.
Enfant de la fureur
Je porte en cent pays la mort et la terreur.
Enfin, je suis un amas d'eaux fangeuses
Où le chasseur souvent fait des prises heureuses."

Mais en parlant de tableaux, d'Ophélie, il faudra aussi que je désencadre ma reproduction de Paul Delaroche, et aussi le tableau de Ligeia, le suicide d'Edouard Manet, et les autres tableaux que j'aime: Paul Delvaux, Edvard Munch, Klimt, Henner, Madeleine Scellier, Michèle Grosjean, Gottfried Helnwein, photos de Aziz & Cucher, de Joel-Peter Witkin, ma gravure de Bérénice, celles de Mucha, de Hans Bellmer, les dessins d'autopsies de Sir John Westling, que je roule dans du coton le masque mortuaire de "l'inconnue de la Seine" repêchée en 1880 au sourire serein et énigmatique figé par la froideur de l'eau et de la mort, ma miniature d'une tête de Moaï, les sculptures de Giger, mon morceau de roche de couleur tombé du ciel, la poupée vaudou en bois lardée de piques et remplie des fèces de mon ennemi, la figurine d'un dieu païen à tête de poulpe, le godmiché d'ivoire qui grâce à un savant mécanisme fait jaillir des lames de rasoirs, ayant soit disant appartenu au divin marquis, le crâne de Lovecraft ou en tout cas vendu comme tel (le vendeur Chinois m'avait proposé le même jour le crâne de Lovecraft mais enfant pour moins cher)...

Il faudra aussi emballer ma vieille machine à écrire trouvé dans un commissariat de Raccoon sur laquelle j'ai sauvegardé tellement d'aventures imaginaires, mon amulette Tibétaine, mon cube orné sur toutes ses faces de dessins et symboles inconnus dorés, mon praxinoscope ou "lanterne magique" de bordel et son film muet sautillant montrant sur le mur fissuré de ma cuisine la danse orientale d'une prétendue ghaziya obèse faisant sa danse du ventre sans savoir qu'elle est morte depuis 2 siècles...

Je coucherais aussi dans les "chips" de polystyrène mon carcan de tête garni de pointes à l'intérieur que mon père m'a offert pour un anniversaire, mes bouteilles d'un excellent Chianti qui vont si bien avec un plat de foie aux fèves, les bocaux remplies de liquide jaunâtres qui laisse à peine voir des organes nécrosés et des foetus de porcs à 3 yeux ou 5 pattes, ma collection de dents d'enfants achetée à un dentiste de Boston deux jours avant qu'il ne se suicide en buvant du lait de chaux coupé au nitrate d'argent.

Je devrais aussi trouver un endroit pour préserver mes précieux ouvrages et mon savoir acquis, car un homme qui meurt c'est une bibliothèque qui brûle... Je léguerais donc mes éditions originales de E. Allan Poe, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Maupassant, Wordsworth, Lewis, Sade, Casanova, Oscar Wilde, Robert E. Howard, H.P. Lovecraft, Mary Shelley, Lord Percy, Abraham Merritt, Graham Masterton, William H. Hodgson, Robert Bloch, Théodore Sturgeon, J.H. Rosny âiné, Claude Seignolle, Bram Stoker, Jean Ray, Frank Belknap Long, Dennis Wheatley, sans oublier Jules Verne, H.G. Wells ou Sir Arthur Conan Doyle.... Et tellement d'autres!!

Je devrais aussi me débarrasser de mes nombreux films, allant du Nosferatu de Murnau au Silent Hill de Gans, en passant par tous les films de Tod Browning, de Ed Wood, ou de Tibor Takacs, tous les Hellraisers, Helm Street, Saw, Ring, Eyes, Hammer, et autres films d'ultra-violence que je regarde d'un oeil amusé en sirotant mon moloko synthemesc...

Puis, je pousserais la lourde maie qui recouvre la trappe... Je l'ouvrirais en tirant la poignée rouillée, je serais sans doute surpris par l'odeur de moisi qui viendra agresser mes narines. Je descendrais alors les marches de pierres en m'éclairant d'une bougie de suif qui vacillera à cause de la saturation de gaz carbonique, je descendrais, je descendrais, écrasant de temps en temps une épeire ou un cloporte... J'arriverais à la lourde porte de l'occultum, j'ôterais alors tous mes vêtements, avant d'ouvrir la porte et de la refermer derrière moi... Dans la grande pièce parfaitement ronde où j'ai décroché le pendule et bouché le puits, je sentirais la morsure du froid sur tout mon être, je poserais alors la bougie sur le sol poussiéreux encore taché du sang de Liz, elle n'arrivera à éclairer que les deux premiers mètres autour de moi. Je prendrais alors le gros sac de toile de jute que j'avais laissé là en prévision, j'en sortirais les briques et la bombe de ciment instantané... Et maladroitement, dans le peu de lumière qui vacille, les doigts gourds, je poserais chaque brique pour obstruer l'ouverture de la porte, rendant l'occultum plus occulte que jamais, lui rendant ses vraies racines grecques "crypte"...

L'air saturé de gaz commencera à m'enivrer, le froid à m'engourdir, je m'allongerais alors sur le sol, déplaçant la poussière, révélant les nombreuses traces d'ongles qui ont jadis griffé la pierre... La bougie s'éteindra, comme quand, enfant, ma mère arrêtait ma veilleuse avant de m'embrasser sur le front...

"Dors mon petit, maman est là..."

"Maman? Ne me laisse pas maman... J'ai froid... Maman?.."

"Maman?... Tu es là?..."

"Maman?"

...

..

.

 

 

(Copyright Ledormeurduvol 2008)

  Lire les 2 commentaires | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 04-08-2009 à 09h46

 Correspondances Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

 

Lettres trouvées à Maison-Haute. Ci-dessous, retranscription de cette correspondance et annotations de ma main (si nécessaire). Travail effectué avec Maître Khan avec toute ma reconnaissance. Quelques photos étaient jointes à ses lettres, mais l'humidité les a collé. Une méche de cheveux et la médaille d'un saint ( Saint-Guignefort? ) se trouvaient également attachés à l'ensemble.
Aucune lettre n'est datée, et les enveloppes timbrées manquent. Le tout tenait dans une boite en fer rouillée (20 centimètres sur 14 centimètres) qui devait contenir au préalable des bandages herniaires de marque Hodfield & Son.


Cher ami.

Je vous attendrais dans la bibliothèque, avec cet exemplaire de la "Lettre d'Alexandre à Olympias et à Aristote" dont vous me fîtes cadeau. Cette édition est admirable et la dorure parfaite.

Oserais-je vous demander ce que vous pensez de mon essai sur Callimaque de Cyrène?

J'aimerais en parler avec vous, autour d'un bon cognac, je me suis fait livrer un Otard de 1860 qui est merveilleusement goûteux.

Baisez la main de votre dame pour moi, vous savez qu'elle m'est précieuse.

Puisse votre source rejaillir!

Votre ami et serviteur,

Terry O'Meher, deuxième du nom.



 
Mon très cher terry,

(Ou devrais-je vous dénommer Péritas? Ceci conviendrait à votre pédigrée et à nos références courantes à Dhû'l-Qarnâ').

Un Otard! Excellent choix. Mon choix se porte plus aisément sur un Royer 1859, les années précédentes trahissant encore le manque d'expérience de la maison. J'esère que vous ne me tiendrez pas rigueur de ce coup de Jarnac!

Celui qui en sait trop et qui ne sait pas tenir sa langue est comme un enfant armé d'un couteau.
C'est la maxime que je retiendrai de votre essai. En vous lisant, j'ai l'impression d'être Apollonius, mais j'espère que vous ne vous fendrez pas à mon endroit d'un "Ibis" comme le Maître en gratifia jadis son disciple.

Me connaissez vous si mal que vous imaginez qu'un baiser sur la main soit la seule chose dont je me satisfasse lorsque j'approche ma dame?

Je sais qu'elle vous est précieuse, et sachez, mon Ami, que vous lui êtes tout autant. Il m'arrive parfois,au demeurant, d'envier cette subtile complicité. Mais soyez tranquille, cette envie a toujours été dépourvue du moindre sentiment laid ou indigne d'un Lord.

Ma source... cela me rappelle le texte d'un des ces contemporains français... comment se nomme-t-il au juste...?? Maupassant, je crois.
Un texte d'un raffinement et d'une perversion rarement égalées.

Votre dévoué et reconnaissant,

Tommy W. Bulsara



 
Old chap!

Comment vous tenir rigueur de cette escarmouche bien dans votre manière en tout point ? Si j'avais l'outrecuidance de penser que vous n'étiez pas à même d'être à la hauteur de relever le gant (comme vous le fîtes à Bayreuth lors de ce tournoi militaire d'escrime en 1919) je vous aurais servi un vulgaire Arthus de Segonzac ou un armagnac blanc que vous détestez car il altère le goût de vos cigares de St Domingue.

Je vois que vous avez lu la Scholia In Theocritum et maîtrisez les pamphlets d'Eratosthenes (en considérant qu'ils soient bien de sa main, ce dont je doute) et je pourrais dire de vous, tel Virgile "Felix qui potuit rerum cognoscere causas"

Diantre ! Comment pourrais-je douter de votre approche galante ? Je me souviens fort bien de cette bohémienne que nous rencontrâmes à Zanzibar qui benoîtement voulait entrer dans le protectorat pour je ne sais quelles diableries... Il me semble que vous obtîntes bien plus que sa main ou son coeur ! (et je le crains quelques mauvaises fièvres malignes)

Me croyez vous sot et mal instruit ? De ne point avoir connaissance de ce Maupassant ? J'ai un point commun avec lui, je suis né l'année de sa mort en 1890 ! Le saviez-vous?

J'ai lu ses Contes de la bécasse et Boule de Suif, mais je trouve cette écriture un peu trop moderne à mon goût. Cette histoire de femme de mauvaise vie qui pactise avec le Prussien...
Vous me connaissez, j'aurais usé de mon Enfield pour leurs donner leur pesant de 476 !

Je vois que la perversion vous habite toujours, cher vieux compagnon ! Un retour de ces fameuses fièvres sans doute ?

Votre ami et serviteur,

Terry O'Meher, deuxième du nom.

Post-scriptum: Quand aurais-je le plaisir de revivre quelques moment à Mûrrakûsh avec vous?



 
Mon très cher ami

Quelle coïncidence extraordinaire que vous citiez Virgile, dont je suis par ailleurs un grand admirateur, moi qui me prend à rever que je suis un Enée et que le monde qui m'entoure est un Enfer: nouveau, effrayant, fantastique, lugubre, tentant....
En effet, vous connaissez ma passion pour les Sciences (et Dieu sait que notre époque a cela d'unique qu'elle est en pleine ébullition à ce sujet), je suis actuellement plongé au coeur des écrits de Durkheim sur le suicide, et lui même a fait de cette maxime son crédo et le fondement de ses théories.

"Heureux celui qui peut des choses connaître les causes".

Et bien figurez-vous, Dear Friend, que je m'aperçois que je fais mienne cette phrase chaque jour davantage.
Sans doute cela explique-t-il ma boulimie de connaissance et mon emerveillement devant les choses nouvelles. Et la peur que cela peut engendrer.

Que de souvenirs communs déjà... Il me tarde devous revoir.
Je souhaite m'entretenir avec vous d'un projet d'expédition qui me tient à coeur.

Cette bohémienne aux yeux de chats dont vous me parlez, m'a laissé différents... "messages" voyez vous.
Comment vous l'expliquer sans que vous me jugiez bon pour le Maudsley Institue??

Elle vient souvent me parler... en rêve. Mais ce que j'entends par là, c'est qu'elle vient VRAIMENT me parler. En réveillant au passage et pour de longues heures ces maudites fièvres. Et depuis quelques temps, elle me parle parfois de vous.

Elle vous a évoqué dernièrement, parlant de vous comme "Ojibwa","Kurete", "Aïno","Shih Tzu" et j'en oublie... je n'y comprends rien!
Ce que j'ai compris, c'est qu'elle m'a dit qu'il nous était vital, à vous et à moi, de nous rendre prestement au Caire. Que vous sauriez pourquoi. Et que je découvrirai alors ma vraie nature.

Je crains pour ma santé mentale, Terry. Mais pas pour ma santé physique si je juge des prouesses que je puis réaliser en rêve pour contenter cette bohémienne dont j'ignore le nom!

Répondez moi vite, très cher ami... les fièvres engendrées par ces rêves sont de plus en plus intenses, et je suis persuadé que vous êtes l'un des rouages du mécanisme qui ménera à ma compréhension, voire à ma guérison.

Tom.



 
Mon ami,

Que dis-je, mon frère, puisque nous avons eu l'honneur de servir la Reine dans le même bataillon! Si les officiers du Royal 5ème Régiment de Norfolk ne sont pas des frères, alors que sommes-nous ?
Je m'estime être plus qu'un ami depuis ce jour d'août 1915, quand d'étranges aboiements de chiens détournèrent notre attention alors que nous atteignîmes la colline 60... Auriez-vous oublié la balle qui transperça votre épaule déchirant le ligament coracoïdien ? Auriez-vous oublié Sir Ian Hamilton disparaissant à notre vue pendant que je coupais la toile de ma tunique de service ?.

L'Enfer... Nous l'avons vécu, ensemble, aux Dardannelles. Puis séparément, quand vous fîtes ce séjour en sanatorium. Je me souviens de vos errances dans les dunes de Norwich. De votre volonté de sauter des 96 mètres de la cathédrale. Du scandale du Dragon Hall. Qu'aviez-vous donc vu alors ?
Je maudis ces démons qui vous dévorent. Souvent je ne vous comprends plus.

Laissez donc Durkheim, Lévy-Bruhl, tous ces sociologues, ou Flammarion et ses fantômes, ils ne font qu'ajouter brouillard et doute en vos délires.
Retrouvez vos saines inspirations, j'aimais quand au Green Manor's club vous nous faisiez découvrir des passages poétiques des grands auteurs. Je me souviens des échos de votre puissante voix déclamer Virgile


"J'ai des fruits savoureux, des chataîgnes amollies par la flamme, un laitage abondant. Déjà les toits des hameaux fument au loin, et les ombres grandissantes tombent des hautes montagnes..."

Je regardais Lord Peyton siroter sa liqueur de whisky, les yeux mi-clos, savourant vos paroles...
Faites fi de ces souvenirs, de ces paroles, de ces mauvaises fièvres... Je sais, au trop combien, que vous avez la tête pleine de ces étranges syllabes.


Je ne vous l'ai pas dit, mais lors de notre dernière chasse sur les terres de Lord Percival Everett, vous fûtes victime d'un étrange malaise lors de la curée, et alors que je baignais votre front brûlant d'un linge, vous psalmodiâtes de fort confuses paroles. Des mots dont je ne saisissais pas le sens. "Kaalb.... T'ien-k'uan!!! Caniba!, les Mangechairs arrivent! Fuyez! Gardez-vous Felicane!" et d'autres mots me semble-t-il en Arabe et en langue Perse...

Une force non-humaine vous tordit les membres, tant et si bien, que je devais lier vos mains de ma ceinture de chasse. Je vous avais dit à l'époque que c'était sans doute le "vomito negro" puisque nous revenions du Sénégal, et vous fîtes semblant de me croire...
assurément sachant que vous .

Mon bon ami, je vous sens vivant enfer sur Terre, cherchant des Dieux ou des explications. Soit, si vous avez besoin de moi pour trouver réponses à vos maux, je serais là. Dites-moi quand vous voulez partir, si comme d'habitude nous prenons "L'Escurial" pour nous rendre au Caire, laissez-moi quelques jours pour vendre quelques titres, faire bagages, et je suis votre homme!

Mais qu'en pensera votre douce amie ?

Votre dévoué Terry




Fin de la correspondance, mais n'ayant pas fouillé chaque pièce, je ne désespère pas de trouver la suite.

LDDV et KH4N (2009)


 
Post Scriptum

Une autre lettre était utilisée comme marque-page dans un livre "Monstrorum historia cum paralipomenis historiae omnium animalium" de Bartholomaeus Ambrosinus, précisement à la page parlant de la vie de Pétrus Gonsalvus en 1555.



Cher compagnon.

Jeudi 10 mai 1923.

Je vous écris de Boston où je suis bien arrivé. J'ai eu la chance de trouver une belle chambre meublée dans une pension à l'angle de Beacon Street et Spruce Street, au quatrième étage sous toits. je me meurs à cause de la chaleur mais j'ai une magnifique vue sur le parc. Hier j'ai un peu visité la ville, j'ai vu la maison de David Sears, juste à coté de la pension, magnifique batisse de granite qui ressemble à un chateau. Pour passer le temps j'ai été voir un spectacle d'un certain Laurel un comédien burlesque assez pitoyable qui se moque de Robin Hood; il me semble l'avoir déjà vu à Londres dans la troupe de Fred Karno car c'est un compatriote.

Je dois vous avouer mon inquiétude à votre sujet. Votre trace se perd dans cette ville qui était ma dernière piste. Toutes mes lettres, aussi bien au club qu'à votre adresse de Payton Street, me sont revenues, et mes radiogrammes à l'étranger demeurent sans réponse. Où pouvez-vous être bon sang !

J'ai lu hier dans le Time magazine, un nouvel hebdomadaire ici, que les problèmes sont incessants dans nos colonies. Seriez-vous concerné par ces troubles, que ce soit par l'émirat hachémite ou la constitution de la Palestine? Etes-vous en Irak? Dans le golfe d'Aden?

Je vous ai cru en Egypte, en avril dernier, suite à ces événements étranges après le décès de Lord Carnarvon, mais aucun des muwaafin du Winter Palace ou du Shepheard's ne vous a vu depuis des années.

Je n'ai pas oublié que ce 10 mai est une date importante pour vous. Et j'ai le coeur serré en vous imaginant dans je ne sais quelles difficultés.

Dans l'attente, enfin, d'une réponse de votre part..

Terry.

 

  Lire les 2 commentaires | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 01-08-2009 à 22h15

 5:05 (Time Warp) Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

 

5:05 La lumière fluorescente du radio réveil me grille les yeux, elle tremblote alors que j'essaye de lire les chiffres entourés d'un halo bleu. 5:05 et j'ai la gorge sèche, quelques aigreurs à l'estomac, une légère douleur dans les épaules. Repoussant draps et couvertures, je me lève, espérant qu'un verre d'eau me permettra de me rendormir.

5:05 me dit la pendule de la cuisine, alors que mes pieds entrent en contact avec le carrelage glacé. J'avance dans le noir, à la recherche de l'interrupteur. J'avance. L'impression d'avoir les pieds pris par la glace, il fait si froid dans cette cuisine.
J'avance. Il faudrait laisser un chauffage la nuit, même en veilleuse, quelque chose qui évite de se geler comme ça. J'avance.

5:05 me dit le réveil. La pendule de la cuisine. Le reflet de la pendule dans le réfrigérateur, le reflet du réfrigérateur dans le reflet de la pendule dans le réfrigérateur. A l'infini. Comme dans un mezzo-tinto de Maurits Cornelis Escher. Pourquoi je pense à lui subitement? Je ressemble peut-être à l'un de ses petits bonhommes grimpant des escaliers improbables...

5:05. J'avance. Maintenant le carrelage a fait place à la terre, il fait toujours aussi froid, aussi noir. La terre battue me fait mal aux pieds, pourquoi n'ai-je pas enfilé mes pantoufles avant d'aller dans cette cuisine glacée? En plus, le vent s'est levé. Il souffle et siffle à mes oreilles, me glaçant jusqu'aux os.

5:05. Les chiffres lumineux se reflètent à l'horizon sur la mer, on dirait une grande étendue de pétrole, noir, visqueux, dans laquelle ondulent les petits chiffres. Je croise mes bras pour garder un peu de chaleur, et j'avance. Le vent se fait plus fort, et je distingue mieux les étoiles au dessus de ma tête, je dois approcher de la falaise, je peux voir la mer m'entourer, j'entends le bruit du ressac des vagues mortes, j'entends le silence des mouettes qui ne volent pas. J'avance, je n'entends pas mon coeur, je n'entends pas le tic tac, le bruit du moteur du réfrigérateur, mais j'avance.

5:05, enfin je crois... Mon pied touche.. le vide. Le temps s'arrête, comme dans un dessin animé j'ai le temps de marcher sur le vide, de sentir le vent caresser doucement la plante de mes pieds.

Et puis je tombe. Je tombe.

L'eau m'entoure, m'avale, je rentre dans les draps de la mer. Est-ce pour cela qu'on dit le "lit" d'une rivière? Qu'on est bercé par l'onde? De se méfier de l'eau qui dort? Pourquoi est-ce si doux, si calme? Est-ce comme cela quand on se noie? Quand on meurt? L'impression d'être dans son lit, blotti, bien au chaud...
En effet, je m'enfonce dans l'eau noire, mais je n'ai plus froid. Je coule.

Puis, c'est l'angoisse, de réaliser d'un coup que le problème dans ma situation n'est pas de couler, mais de ne pas respirer. Il faut que je respire, mon cerveau me l'ordonne, c'est un ordre. Comme une drogue j'ai besoin d'air, il faut que je remonte. Je donne de désespérés coups de pieds, je remonte, mais pas assez vite. Je monte, je monte. Je le sens je manque d'air, je suis à la limite, et mon cerveau s'affole. J'essaye de souffler pour tromper mes sens, mais ça ne marche pas. Où est la surface, il me faut de l'air! Je ne sais même pas si je suis encore sous l'eau ou déjà à l'air libre, il fait noir, je ne vois rien, je ne sens rien. Il faut que j'inspire, il le faut, mais quoi? De l'air? De l'eau? Que va-t'il se passer si je respire?

J'ai peur, j'ai peur. Je respire....

Il ne se passe rien... Rien... Je respire... Je ne suis pas mouillé, ni noyé, j'ai même la gorge un peu sèche. J'ouvre un oeil et je regarde les chiffres du radio réveil, j'ai du mal à distinguer... 5:05

Je pense, je me retourne, je bouge, j'essaye de revivre ce rêve, de le comprendre. Au fond de moi quelque chose aurait aimé que je ne tente pas de remonter, de respirer. Que je me laisse juste couler jusqu'au fond.

C'était si doux...

Demain je dois être en forme, je dois voir le banquier, il y a les papiers du divorce à envoyer, il faut que j'écrive au directeur de l'école pour le changement, je dois retrouver l'adresse de ce "spécialiste" puisque selon mon médecin je vais avoir "besoin de le consulter", il y a cette saloperie de voiture que je dois porter au garage, et puis les impôts, et les courses, et ceci, et cela...

5:05...

505...

5OS....

SOS....

S O S !!!

 

 

(Copyright Ledormeurduvol 2009)

  Lire le commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 31-07-2009 à 18h01


Catégorie : Nouvelles et Histoires
 

SYNDICATION
 
Fil RSS 2.0
Ajouter à NetVibes
Ajouter à Google
Ajouter à Yahoo
Ajouter à Bloglines
Ajouter à Technorati
http://www.wikio.fr
 

Allzic en direct

Liens Commerciaux
L'information à Lyon
Retrouvez toute l'actu lyonnaise 24/24h 7/7j !


L'information à Annecy
Retrouvez toute l'actu d'Annecy 24/24h 7/7j !


L'information à Grenoble
Retrouvez toute l'actu de Grenoble 24/24h 7/7j !


Application Restaurant
Restaurateurs, demandez un devis pour votre application iPhone


Fete des Lumières
Fête des lumières : vente de luminaires, lampes, ampoules, etc.


Diffuseur
Acheter un diffuseur d'huiles essentielles

Votre publicité ici ?
  Blog créé le 31-07-2009 à 08h36 | Mis à jour le 07-12-2010 à 09h36 | Note : 7.75/10