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LEDORMEURDUVOL

Bienvenue dans ma crypte... Je suis LeDormeurDuVol, ou Linceulite, une chimère onirique, un être de l'ombre se nourrissant des frustrations du monde, des sentiments perdus, des peurs et des pleurs que nous portons en nous..
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 La belle aux eaux dormantes. Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 
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Il était une fois la fille d'un roi et d'une reine dans un pays merveilleux et magique. La princesse Aurore était belle comme le jour et ses cheveux blonds avaient capturé toute la lumière d'un soleil d'été.

Oh oui, de par les sept mers et les sept royaumes, on n’avait pas vu une aussi belle princesse.

Le roi et la reine étaient si fiers de la blanche peau, de lait et de miel, ses yeux, amandes teintées de saphir, de sa bouche de cerises mures qui formait un doux cœur prompt à faire fondre de beaux prétendants. Car ceux qui voudraient la prendre en épousailles sont bien nombreux et galants.

Souvent une missive arrive au palais, c'est nombre d'invitations: qui un souper, qui une fête, ou un voyage à l'étranger. Alors on part en calèche, avec le petit Prince à ses cotés, sur les routes bordées d'arbres où poussent fruits acidulés. C'est une vie bien agréable de visiter villages et châteaux, de voir foires et fait d'armes de chevaliers bien orgueilleux.

Le carrosse va vite et ses roues marquent profondément la route en ce soir où la nuit douce voit s'envoler les lucioles. C'est à flanc de montagne qu'une rivière longe que le dragon est apparu.

De ses deux yeux immenses, de son souffle bruyant, il occupait toute la route et brassait tellement de vent que les chevaux effrayés ont fait un écart, et le carrosse a basculé parmi les roseaux, les nénuphars et les chants des poules d'eau.

Le petit Prince s'est envolé dans une explosion d'étoiles qui retombent en cascade sur les jolis cheveux blonds. Aurore dort au milieu des eaux calmes, portée par des amis poissons.
L'eau est douce, chaude et épaisse, et forme un berceau accueillant à celle que tout le monde trouve belle. Parfois des oiseaux aux plumes rouges, viennent voler devant ses yeux, ce n’est assurément rien de mal que cette rencontre avec le dragon.
D'ailleurs les chevaliers en blanc surcot, templiers aux rouges croix, et archers forts serviables, toute l'armée du roi à vite fait de ramener Aurore au château.

Mais quelle est donc cette langueur qui fait pâlir la joue, poser une ombre à ses yeux ? Voilà que la jeune princesse, d'un sommeil mystérieux, se voit ensorcelée.
Et tous les alchimistes, et fabricants de baumes, de venir essayer de lui ouvrir les yeux.

"Qu'importe s'il faut oindre, s'il faut des fumigations, je veux que ma fille cesse d'être victime de cette malédiction!" Le roi a parlé de sa terrible voix, et tout le royaume se met en quête d'un remède, d'un rebouteux ou d'une étrange potion.

En désespoir de cause, on fait venir les fées d'un royaume voisin. Elles sont sept, comme les pétales de la rose, sept comme les astres et leurs métaux, qui viennent sauver celle qui dans le royaume, à mots couverts, on nomme, "La princesse à la pâle figure", "La rêveuse des roseaux".

Chacune s'occupa de ce qu'elle savait faire, et leur savoir fut bien utilisé. L'une, de ses mains, se chargeait de son visage, massant, appliquant savantes essences censées la réveiller. Une autre de ses jambes, ses pieds, par des manipulations, appareils étranges qui pourraient la chatouiller. Et la troisième qui par des huiles fumées, vapeurs magiques respirées, pensait pouvoir la faire sortir des songes où elle est tombée.

Jusqu'à la dernière, de prévenir "Nous ne pourrons pas la réveiller, seul nous pouvons empêcher qu'elle se change en pierre froide pour l'éternité. Et plantant l'aiguille d'un fuseau dans le jeune corps blanc, elle promit un calme sommeil de cent ans.

On installa la princesse dans la plus belle chambre, embaumée par les lys et les gypsophiles, entremêlées de liserons des champs. Chaque matin un oiseau venait se poser sur sa main et chaque soir le roi maudissait le dragon qui avait fait disparaitre le petit Prince et ensorcelé sa fille.

Le temps passa et les royaumes passèrent, roi et reine furent oubliés. L'oiseau venait toujours, de même que les fées, pour constater que le songe ne s'était pas arrêté.

L'oiseau avait toujours le même chant, obsédant et rythmé, comme un coeur qui bat. Du fond de son sommeil Aurore l'entendait parfois, de même que des voix feutrées par l'oubli.

Un jour l'oiseau sembla se changer en prince, car une voix douce murmura à son oreille "Qu'elle est belle".

C'est un jour une main qui caresse le front, puis des doigts qui plongent dans ses cheveux. Son sein blanc qui fascine, le velours de sa cuisse. Chaque jour l'oiseau vient prendre corps humain. Aurore le sait, le sent, même si c'est loin, même si c'est imperceptible, un prince est là, venu pour la sauver...

Du fond de ses songes si lointains, petit à petit, cette douceur réveille Aurore qui revient de son si long exil dans le néant.

Cent ans… elle ne sait pas pourquoi mais elle sait qu’elle a dormi longtemps, si longtemps. Sous ses paupières fermées, obstinément closes à l’univers extérieur, elle entrevoit des images qui traversent son esprit. Des choses qu’elle ne voudrait pas voir, ne pas savoir… Le dragon hurlant, ses grondements, ses yeux jaunes lumineux qui foncent sur eux… Elle retombe dans l’ombre et le silence. Juste, quelquefois, cette impression d’une tendre présence.

Cheveux blonds emmêlés, collés au front, Aurore frôle encore les bords de l’au-delà. Elle s’agite, les tubulures blessent sa peau devenue diaphane. Des cris, des hurlements, du verre brisé, de la tôle froissée… Elle replonge dans l’eau sombre de l’étang et de son inconscience.

Elle rêve… Elle rêve…

Elle rêve d’un Prince, de quelqu’un qui viendrait la chercher, qui la prendrait par la main et l’aiderait à remonter du fond noir et glacial du lac. Une chaleur au bout de ses doigts. On caresse sa main, la tient serrée. C’est différent de ce qu’elle ressent parfois, quand on la bouge, qu’on la retourne, qu’on la lave, elle repart alors dans son néant même avant la fin. Là… là, on est là. Juste pour elle. Pour la ramener de là-bas. Pour l’aider, la sauver. Des sirènes, des éclats aveuglants, des éclairs rouges… Ses yeux la brûlent, elle a mal, si mal, elle s’entend hurler… La nuit l’engloutit à nouveau.

De la lumière filtre sous les paupières. De la pénombre en réalité mais ses yeux qui n’ont pas vu depuis si longtemps en sont blessés et se referment instinctivement. Une drôle d’odeur, un peu aigre… les parfums des fées de son rêve… Encens qui piquent la gorge. Ses yeux se rouvrent sur les murs clairs et lisses. Elle n’est pas dans un château. Le chant obsédant de l’oiseau qui est toujours là. Un oiseau qui ne dort jamais. Lui...

Elle n’est pas seule, elle le sent. Son prince est là. Une main tiède est en ce moment posée à l’intérieur de sa cuisse et remonte doucement entre ses jambes avant de redescendre au genou. Elle entrevoit les cheveux bruns, courts, de quelqu’un qui lui tourne le dos. Une mélopée, si douce, une berceuse… Elle voit un tatouage, un oiseau, sur la nuque. Son prince chante pour elle. Aurore s’apaise, se rendort.

De la lumière vive cette fois. Elle sent de la chaleur sur son visage. Le soleil… elle sent le soleil. On s’agite autour d’elle, elle entend des voix, des indications, un peu plus de quelque chose, un peu moins d’autres choses. Elle voudrait dire aux Fées que ça y est, qu’elle est remontée de l’étang, qu’elle…

Les souvenirs s’engouffrent dans son esprit comme un torrent furieux. Elle revoit la route, le camion hurlant, la voiture qui bascule dans le ravin, l’eau qui envahit tout, la main de l’enfant qui se tend… Qui s’échappe… Mon enfant ! Rendez-moi mon fils ! Elle entend un hurlement inhumain qui rebondit sur les murs nus avant qu’une aiguille miséricordieuse ne lui rende la nuit qu’elle n’aurait pas dû quitter.

Un silence cotonneux. Une nuit neuroleptique en apesanteur. L’odeur des médicaments. Ses yeux qui se posent sur le chant incessant de l’oiseau captif, le battement de son cœur qui refuse de se taire sur l’écran du monitoring.

Ne reste de la magnifique Princesse Aurore qu’une gisante épuisée, amaigrie, sur un lit d’hôpital, qui s’est battue du fond de son inconscience pour vivre et dont les yeux pleins de larmes ne peuvent plus oublier pourquoi elle aurait voulu mourir.

La porte s’ouvre doucement. Cette nuit encore il vient la voir. Dans la profondeur du sommeil de l’hôpital, il se glisse dans sa chambre et s’assoit pour la regarder. Le prince à l'oiseau. Quelques minutes, quelques heures, elle ne sait pas.
Comme un rituel immuable, il se lève, va chercher un peu d’eau tiède, du savon, une serviette et minutieusement, il dénude petit à petit la femme immobile et il la lave, la sèche comme on le ferait pour un enfant. Jusqu’alors Aurore s’endormait, comme rassurée.

Mais quelque chose change. La conscience revient. Ses yeux se ferment mais elle ne dort pas. Elle sent les mains qui remplacent le linge. Les doigts qui s’attardent sur ses seins, qui descendent sur son ventre et se glissent entre ses cuisses. Pour la première fois, elle s’aperçoit qu’il s’immisce en elle. Ce n’est pas… Il ne devrait pas… Elle manque d’air, elle ne peut pas crier, elle n’a plus de voix et sous l’effet du choc ses yeux s’ouvrent pour voir l’homme qui est à côté de son lit en train de se caresser… Elle s’évanouit.

Aurore est en train de tomber dans un gouffre plus profond encore que celui dont elle s’est extirpée. En cauchemar un oiseau géant l'attrape dans ses serres, s'enflamme, se consume, pour renaitre encore et encore chaque nuit. Un terrible phoenix aux yeux jaunes, comme ceux d'un camion fou.

Nuit après nuit, l’homme revient. Toujours le même rituel, la toilette, les caresses. Elle n’a pas retrouvé la parole. La journée elle s’agite, elle voudrait communiquer, raconter. Cela n’a pour effet que de faire augmenter la dose de calmants qui la rendent encore plus prisonnière de ce corps qu’il manipule sa guise.

Il s’est rendu compte qu’elle avait repris conscience. D’une voix douce, toutes les nuits, il lui parle. Il lui raconte sa vie et Aurore voudrait crier, partir en courant, le tuer, mourir peut-être. Tout ça à la fois. Tout sauf l’écouter lui raconter comment cette nuit-là, il a foncé sur leur voiture avec un camion volé pour écraser volontairement leur petite vie familiale. Comment il était heureux de voir qu’il ne l’avait totalement tuée. Cela ne marche pas toujours, il y a souvent des ratés, mais avec les nouvelles voitures, il y a davantage de blessés. Comment il l’a repêchée en priorité, laissant mourir au fond de l’eau son mari et son petit garçon. Il l’avait vu au restaurant, il l’avait trouvé belle, tellement belle… Tellement sienne!

Et tout en elle hurle, se bat, tente d’empêcher la folie de la gagner. Le jour elle se dit qu’elle a rêvé. Et malgré elle, la nuit revient. L’homme aussi, revient toutes les nuits. Il lui dit comme il l’aime ainsi, si douce, si calme, si offerte. "Les femmes devraient toujours être ainsi n’est-ce pas mon ange ?"

Les caresses insanes, les confidences de sang dites d’une voix si douce… Aurore tombe, Aurore sombre dans une tombe…

Ce matin, elle a parlé. Enfin, c’est juste un balbutiement, à peine un croassement presque inaudible mais c’est le signe que son corps recommence à lui obéir un peu. Si peu, mais du fond de son esprit noyé de peine et de terreur, un espoir irraisonné remonte. Elle va pouvoir raconter ce qui se passe et tout va s’arrêter. L’ombre maléfique va cesser de venir, de la torturer, de lui voler ce qui reste de sa vie.

Cette nuit-là, il est encore revenu. Toilette, caresses… Un minuscule gémissement est sorti des lèvres d’Aurore quand encore une fois il s’est aventuré en elle. Il a eu un mouvement de recul et pour la première fois, il l’a regardé dans les yeux. Dans la pénombre, deux lacs d’onyx sombre se sont plongés dans les yeux bleus d’Aurore et c’est là qu’elle a compris.

Il s’est éloigné et elle a entendu l’eau couler dans la salle de bain. Il est revenu et lentement, avec précaution, il a retiré du corps allongé toutes les aiguilles qui la transperçaient et la reliait aux tubulures, aux machines, aux médicaments qui l’avaient maintenue en vie jusqu’alors.
Soudain, l’oiseau ne chante plus, le monitoring ne rythme plus la vie d’Aurore.

Elle se sent soulevée dans des bras chauds et puissants tandis qu’une voix douce murmure à son oreille: "Pourquoi ne pouvez-vous pas vous taire éternellement ? Pourquoi ?". Tant de peine dans cette voix, tant de regret… Aurore qui commence à manquer d’air sans le respirateur entre dans l’ombre de la salle de bain, portée par le Prince qui vivait dans ses rêves.

L’eau tiède enveloppe à nouveau son corps, comme dans ses souvenirs, comme dans le lac tandis qu’elle s’enfonce sans pouvoir lutter dans la baignoire. Une main appuie sur sa tête et la maintien sous l’eau. Elle ne peut pas résister. Elle ne veut pas non plus. Son dernier regard, au travers du liquide, est pour l’homme qui est en train de la tuer, comme il a tué son mari et son enfant. L'homme au phoenix tatoué sur la nuque...

L'oiseau se détache, comme une pelure de pomme, il décolle, plat comme une feuille au vent, il se cogne aux murs qui se fissurent, qui s'écroulent, dehors le ciel est bleu, il va l'emmener là-bas, au pays enchanté, elle est de retour... de retour...

Quelques bulles d’air puis plus rien. Une larme coule sur la joue de l’homme agenouillé. Juste une larme pour sa princesse noyée.
Elle tombe dans l'eau dormante, petite goutte salée dans une mer apaisée.

Il s’essuie sommairement et disparait dans la nuit. Bientôt… Bientôt, à nouveau, il lui faudra une autre belle.

Une autre belle aux eaux dormantes. Une très sage poupée...

Nuitsdinsomnie et LeDormeurDuVol (Contes pour enfants gothiques - 2010)

 

(Musique: Marilyn Manson - Sweet Dreams)

  Ecrire un nouveau commentaire Posté le 20-06-2010 à 16h45

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 1 - LaughingCorpse a écrit le 22-02-2012 à 14h03

Cette histoire m'a rappelé un passage de Kil Bill volume 1, quand l'actrice se réveille à l'hôpital après un coma de plusieurs années. Elle se rend alors compte qu'on a abusé d'elle plusieurs fois pendant son inconscience.
Après, ça me fait aussi penser aux tueurs en série et aux romans que j'ai pu lire qui parlaient de relations sadomasochistes.
J'ai senti que du conte on allait passer à un ancrage dans une réalité plus actuelle avant même qu'effectivement les indices s'immiscent et se développent. Le passage de l'un à l'autre est vraiment subtile.
 


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  Blog créé le 31-07-2009 à 08h36 | Mis à jour le 07-12-2010 à 09h36 | Note : 7.75/10