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LEDORMEURDUVOL

Bienvenue dans ma crypte... Je suis LeDormeurDuVol, ou Linceulite, une chimère onirique, un être de l'ombre se nourrissant des frustrations du monde, des sentiments perdus, des peurs et des pleurs que nous portons en nous..
Attention, certains de mes textes sont RESERVES A UN PUBLIC ADULTE et peuvent choquer. Personne ne vous oblige à les lire, et si vous ne m'aimez pas, passez votre chemin....
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 Rencontre avec la peur (1) Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

 

 

(Première partie)

Depuis sa descente du train, la jeune fille a conquis une bonne partie de la ville, non pas qu'elle soit vraiment jolie, mais elle plait aux hommes, elle sait comment leur parler, se mettre en valeur, les emmener pile au niveau d'ébullition puis stopper net le jeu prétextant qu'elle n'est pas une "fille facile", faisant miroiter des soirées à venir et la possibilité d'aller plus loin.. peut-être après un bon restaurant, un spectacle de casino, un cadeau particulièrement acceptable.. bref c'est avant tout une allumeuse qui aime tendre des toiles et piéger les hommes, et comme une petite araignée qui vit à Madagascar, elle est piquante, le coeur chitiné d'une jolie cuirasse, et sait très bien tisser ses fils et dévorer ses proies...

Elle pose le fin verre de cristal sur la table basse, gardant dans la bouche un instant la gorgée de cherry pour s'imprégner du goût sirupeux, elle ferme un peu les yeux l'air concentrée, et penche légèrement la tête. C'est une attitude reflexe, elle donne l'impression d'écouter attentivement les paroles de l'inconnu, de boire littéralement ses mots. D'instinct elle sait faire ça, séduire à tout prix. Le cherry lui chauffe la gorge alors qu'elle est loin des paroles de l'homme, en fait elle pense, elle s'évade, son esprit trop jeune, trop futile, incapable de se concentrer, lui envoi des images de la mémoire cognitive, comme dans un demi sommeil...

Le bar, où elle l'a rencontré, il est tenu par des amies lesbiennes, c'est un endroit où les femmes sont moins embêtées par le matelot ou le soldat en goguette. Elle est au comptoir, sur un grand siège de bar, elle sirote un milk shake à la fraise, un peu de sirop vermillon coule mollement du verre sur ses doigts fins, il a la couleur du sang.
L'homme est debout, de l'autre coté de la rue, les voitures qui passent floutent son image comme les pales d'un immense ventilateur. Elle porte ses doigts à ses lèvres, sa langue recueillant le sirop.
L'homme est devant le bar. Il est grand, le contre jour dilue son visage comme une goutte d'encre tombée dans l'eau. De sa main elle secoue ses grosses boucles noires, elle sait que c'est son principal atout, cette chevelure de jais, brillante comme le mica.
L'homme est debout devant elle. Son visage est... mais qu'importe son visage, ils ont tous le même....

L'important ce sont les yeux, ses yeux. Elle aime voir le désir, l'envie, le besoin, en eux. Y trouver le regard du lion devant l'antilope, ce regard qui gèle le sang et crispe le ventre. Le regard du tueur face à sa proie. Ses yeux sont verts, avec des paillettes d'or dansantes, elles se changent en flammes alors qu'elle se perd dans son regard. Elle le voit se coller tout contre elle en écartant ses genoux de ses mains fortes. Se pencher à son oreille et sentir son souffle chaud dans le cou alors qu'elle ferme les yeux pour l'entendre dire en chuchotant d'une voix un peu rauque "Je vais te dévorer, boire ta chatte, et me nourrir de toi...".

Puis, elle le voit faire glisser sa robe fuseau le long de ses cuisses pour découvrir ses bas et son absence de culotte. Descendre doucement, lentement, sans la quitter des yeux.... Entrouvrir sa bouche pour en faire sortir une langue pointue, effilée comme une dague, qui bouge et se tord comme un serpent jeté sur les braises... Elle sent cette langue vivante se vautrer en ses chairs, fouiller son intimité, se faire râpeuse sur son clitoris qui gonfle.....

L'homme est près du juke box, il glisse sa pièce et enfonce deux touches, puis revient boire son bourbon que la serveuse vient de lui servir. La voix des Andrews Sisters nappe alors le bar, des mots s'élèvent

"Little man walked up and down,
To find an eatin' place in town
."

Elle détourne la tête, l'esprit encore dégoulinant d'images érotiques.. Elle sent le rouge aux joues former chaleur, sa culotte se mouille de ses fantasmes, les éphémères virevoltent dans son ventre.

"He looked the menu thru and thru,
To see what a dollar bill might do
."

Ses yeux font semblant de s'intéresser aux deux femmes au fond de la salle qui se sont levées pour danser lascivement...

"One meat ball,
All he could get was one meat ball
."

Il lui a alors parlé, des mots qu'elle n'écoutait pas, comme elle n'écoute toujours pas ce qu'il lui dit en ce moment, elle sait juste que complètement sous son charme, l'araignée est devenue proie, soumise à ses yeux ouverts vers des mondes inconnus et qu'elle a laissé son milk shake pour le suivre dans un appartement inconnu.

Les filles se caressant les seins sous les paroles de

"Little man felt so very bad,
One meat ball is all he had
."



(Deuxième partie)

Son esprit trop jeune, trop futile, se balade, d'objet en objet ses yeux se posent, rêvant d'histoires interdites, de mystères Hindous, de rites Egyptiens... Ici un masque Africain piqué de centaines de clous aux formes approximatives, là un oeuf forgé de morceaux de nacre taillée, plus loin un kriss Malais à la lame ondulée, ou bien cette chatte empaillée portant dans sa gueule son petit, empaillé lui aussi. Nombreux sont les objets qui la font frissonner...

Elle secoue un peu la tête, essayant de retrouver son intérêt pour la conversation, ou du moins faire semblant. Il parle, de choses qu'elle ne comprend pas, ses grandes mains brassent l'air, il souligne ses phrases en apportant des effets de manches comme un avocat, il détourne l'attention ou bien la capture tel un magicien, il la fascine. Sa voix est ouatée, lointaine, elle ronronne dans sa tête comme dans un demi sommeil. Le cherry lui tourne la tête, ou il fait trop chaud, le visage de l'homme est toujours flou, elle ne voit que ses yeux, et ses dents, petites et pointues, comme celles d'un chat.
Qui est-il? D'où vient-il? Pourquoi l'a t'elle suivi? Il se penche vers elle, place sa main sous son menton, la soutien, elle est devenu lourde comme du plomb. Son visage s'approche d'elle dans un brouillard, un visage flou, avec juste deux grands yeux de chat. Puis, le plafond devient plancher, des torrents d'eau noire, chaude et douce, rentrent par les fenêtres et enveloppent son corps, elle se laisse prendre par les ténèbres...

"And in his dreams he can still hear that call
You get no bread with your one meat ball
."

La douleur d'abord.... Non pas vraiment une douleur, mais une gêne, on se réveille dans une position inconfortable, des fourmis dans les membres... On ouvre les yeux, mais on ne voit rien... La femme se demande si elle dort, si elle rêve. Mais il fait froid, vraiment froid... Et elle sent un peu de vent glacé sur sa peau, sur toute sa peau... Elle est nue... Cette gêne, cette sensation d'avoir du mal à respirer, c'est la corde, celle qui passe sous ses bras, sous ses seins, entre eux, ficelée comme un paquet cadeau par une corde épaisse qui lui mord la peau...

Les yeux s'ouvrent alors le plus possible, la bouche aussi, pour pousser un cri silencieux, les plus grandes peurs sont muettes. Elle se tort, veut s'échapper, remue en tous sens... Peine perdue, elle flotte dans le vide, dans l'obscurité, elle ne fait que peler son derme avec le chanvre.

Et le temps passe... son cerveau n'a pas encore complètement analysé la situation alors que ses yeux essayent de s'habituer à l'obscurité...

Il n'y a aucun bruit, juste celui de son souffle, et de temps en temps le craquement de la corde... Le silence devient intolérable, encore plus que les ténèbres... Elle hurle, des cris désespérés, des hurlements de bête, qui lui brulent la gorge et lui font mal aux oreilles... Elle hurle... encore et encore…

Et le temps passe... elle ne sent plus trop ses bras et ses jambes, engourdis. Après un long silence, elle parle... Elle LUI parle. Des centaines de pitié, de pardon, de pourquoi. Elle lui promet son argent, son corps, son âme. Mais personne ne réponds... Alors elle se parle à elle même... Et le temps passe...

Maintenant elle distingue certaines choses, l'ombre d'une porte en contre bas, l'ombre d'une pièce ronde, peut-être une tour, l'ombre d'ombres plus sombres encore... Elle imagine ce qu'elle ne voit pas et elle voit se qu'elle imagine... Elle tend les pieds pour toucher le vide. Elle estime qu'elle doit être à... un mètre ou deux du sol. Dans une tour ou un donjon. Accrochée à une poutre. Et qu'on va la laisser mourir de faim, de soif, et de froid... En tout cas elle l'espère! Plus que tout le reste de ce qu'elle pourrait imaginer. Alors elle ferme les yeux pour s'endormir, pour mourir... Et le temps n'en fini pas de passer...

Elle sort de sa torpeur en ouvrant grand la bouche, happe l'air comme un presque noyé qui sort sa tête de l'eau. Elle respire à grandes bouffées l'air moisi et humide. La peur vient de la rejoindre et devient sa compagne, son amie fidèle... Elle s'agite, remue dans tous les sens, gémit, grogne, insulte, et pleure... Et soudain se fixe......

La corde lui semble plus lâche, par ses mouvements elle a déplacé un noeud, ou l'a défait. C'est très léger, mais elle en est sûre, la corde se fait moins prison. Alors elle déplace son bras, se contorsionne, rentre son ventre. Elle tort son poignet, manque de se démettre une épaule, éloigne un coude de son corps pour étirer la corde. Elle se fait serpent, ondulante, acrobate nue à la peau rougie par le froid et le frottement.

Ca y est, un bras est libéré, et grâce à ce bras elle peut attraper l'un des noeuds au dessus de sa tête, se suspendre, dégager son autre bras. Elle doit faire attention, plusieurs noeuds ont été fait pour ne pas stopper sa circulation sanguine ou l'empêcher de respirer, elle doit dégager la boucle qui était autour de ses épaules, et qui maintenant s'est resserrée autour de son cou, sans lâcher la cordeprincipale et se trouver étranglée...

Elle transpire beaucoup malgré le froid, et cette sueur l'aide à faire glisser les cordes encore trop serrées. Petit à petit, elle se libère, mais elle s'épuise, l'adrénaline sature ses veines, rend son souffle court. Il ne reste plus qu'une boucle qui passe autour de sa taille et entre ses jambes lui meurtrissant la vulve. Elle n'est pas capable de tirer assez fort sur ses bras pour libérer le bas de son corps. Et ses forces s'affaiblissent, ses bras et ses mains se tétanisent à la garder accrochée au noeud principal. Elle essaye d'évaluer les risques, d'éviter de nouveaux pièges, si elle lâche la corde, elle va partir en arrière, faire une chute de un ou deux mètres, tomber sur la tête ou peut-être rester accrochée par les pieds si la boucle se resserre plus vite que sa chute.... Alors elle compte jusqu'a trois, prends une grande respiration, lâche la corde, et se protège la tête de ses mains et de ses avant bras...

Et elle heurte violemment le sol froid, une douleur très forte la transperce, elle est tombée sur son épaule droite et a entendu un craquement sinistre. Elle ne bouge plus, ne peut plus bouger, la douleur l'empêche de respirer. Elle pense qu'elle s'est cassé une cote en tombant car elle a du mal à respirer. Elle doit reprendre son souffle. Elle essaye de basculer sur le coté pour un peu récupérer, et surtout ôter des petites pierres et des clous qui ont pénétrés sa chair lors de sa chute. La corde qui devait être autour d'une poulie est tombée avec elle et recouvre ses jambes. Elle cherche de la main autour d'elle, caresse le sol du bout des doigts. Elle ne trouve d'abord que de la poussière et des débris quelconques, puis en tendant un peu plus son bras, elle touche une flaque d'eau et porte ses doigts à sa bouche pour tenter de se désaltérer. Elle commence à s'habituer à la douleur sur son coté droit, si elle s'empêche de respirer à fond...

En essayant de se relever, elle se rend compte qu'elle s'est fait très mal à une cheville, ce n'est pas cassé, mais suffisamment douloureux pour l'empêcher de se mettre debout, alors elle marche à quatre pattes, nue, sale, blessée. Elle redevient animal, fouillant des ongles l'espace qui devient son nouveau territoire. Les murs sont en effet ronds et les pierres anciennes, le sol irrégulier fait de gros pavés. Elle trouve enfoncé dans le mur un gros anneau, et elle imagine des prisonniers attachés à celui ci. Contre le mur elle trouve un morceau de toile épaisse, un reste de sac de jute ou équivalent, avec lequel elle se couvre les épaules, indifférente aux insectes qui cavalent sur son corps.

Elle décide d'explorer la pièce, mais par sécurité, ramasse la corde et l'enroule autour d'elle, puis fixe l'autre extrémité à l'anneau sur le mur. Cette corde qui était son instrument de torture devient son fil d'Ariane.
Gardant une main sur le mur, elle fait le tour de la pièce en tâtonnant, et soudain bute sur quelque chose qui la fait hurler, elle vient de manquer de tomber sur quelque chose de mou, assez grand, sous une couverture, sans aucun doute un corps! Elle n'est pas la première à avoir été enfermée là, c'est sur, et voilà comment elle aurait du finir! La peur panique revient et elle s'éloigne du mur allant vers le centre de la pièce, et sent soudain le vide sous ses membres, la moitié de son corps bascule dans le vide, et heureusement la corde lui sauve la vie. Elle griffe le sol de ses doigts, cassant ses ongles, se raccrochant comme elle le peut, et arrive à se hisser pour sortir du vide. Il y a un trou très large au centre de la pièce, et elle n'a pas du tout envie de savoir ce qu'il y a au fond, ni sa profondeur! Mais ça explique la présence de l'anneau au mur, et de la poulie au plafond, on devait se servir d'eux pour descendre quelque chose dans le puits.

Encore une fois, elle essaye de reprendre son souffle, elle n'a plus mal, son corps est saturé de substances qui lui permettent de tout affronter... Tout, mais pas le gémissement qui s'élève du corps à coté d'elle, une longue plainte qui glace les sangs. Elle réalise alors que la personne n'est pas morte, qu'il y a un nouvel espoir, à deux on est plus fortes!

"Bonjour Sucrerie! Content de voir que tu es éveillée!" la voix déchire le silence que seuls les gémissements avaient égratigné, elle vient de plus haut, d'une sorte de balcon ou d'ouverture.

"Alors Elizabeth? Tu as réussi a te libérer je vois, je ne pensais pas que tu aurais la force, tu me vois étonné. Généralement mes sucreries m'implorent de leur donner le baiser froid de ma lame, comme une bénédiction, comme un ultime..."

"Espèce de pourriture!!! Tu te prends pour qui? Espèce de salaud! On m'a vu partir avec toi, on le dira aux flics!"

"Pauvre petite boule de viande sans cervelle... Tu crois vraiment ce que tu dis? A l'avenir, évite de me couper la parole, je ne pense pas que tu sois en position de me résister... Personne, je dis bien personne ne sais que tu es là, et qui je suis..."

La forme sous la couverture gémit encore, et se met à bouger, semblant se réveiller d'un sommeil pénible. Elizabeth se sert contre elle, la protégeant, et cherchant à trouver un peu d'humanité face à cette voix qui s'élève de nulle part.

"Ohhh ma sucrerie! Je vois que tu te fais un ami? C'est un petit cadeau que je t'ai fais, pour que tu te sentes moins seule..."

A ces mots, Elizabeth se rend compte qu'elle avait pensé à tort que la forme était une femme. Cette forme essaye mollement de se dégager de la couverture en grognant. Quand la couverture tombe enfin, la jeune femme essaye de distinguer dans le noir le visage de cet homme qui a l'air de souffrir. Elle touche son visage et sent un liquide poisseux. Il a une barbe courte, ses cheveux sont collés sur son visage. Elle se rapproche pour distinguer ses traits, et réalise avec horreur que ses paupières ont été cousues... Elle hurle d'effroi alors que l'homme aveugle tend les mains vers elle...

"Il te fait peur Liz? Tu peux avoir peur! Je te présente Georg Danke, il a fait un long trajet pour te rencontrer... Je lui ai ôté la vue pour que le jeu soit plus drôle, mais il a une ouïe remarquable! Toi qui est une dévoreuse d'hommes, tu va savoir ce que c'est, à ton tour, d'être dévorée... Je te présente "l'Ogre de l'Utah", ce charmant monsieur qui t'accompagne est cannibale, et a déjà tué 12 personnes! Et je peux te dire que c'est un vrai gourmet!!!!"

La peur à nouveau cisaille le ventre de la femme qui place sa main collante de sang sur sa bouche pour s'empêcher de hurler... Elle recule alors que l'homme, qui sort peu à peu de la léthargie causée par des tranquillisants, lance ses bras dans tous les sens avec violence... Sa bouche à moitié édentée se tord et vocifère, ce sont des cris de fous qui emplissent la tour.

Elle donne des coups de pieds, essaye de le repousser, cherche dans la poussière la moindre arme qui pourrait l'empêcher de la toucher. Mais c'est l'homme qui en trouve une, un long couteau qui brille dans les ténèbres. Elle se rend compte alors que si elle avait eu l'idée de fouiller la couverture pendant qu'il était endormi, c'est elle qui aurait le couteau! Elle se met à hurler de peur et son cri révèle sa position. Le visage de l'homme, déformé par la rage, se tourne instantanément vers elle... Il sait où frapper et d'un coup de lame lui entaille les joues de gauche à droite, transformant son cri en rictus sinistre.

Sous l'effet de la douleur elle recule. Le sang chaud lui inonde la bouche, elle s'étrangle avec. Elle panique, sent ses tempes battre et une chaleur l'envahir, il ne faut pas qu'elle s'évanouisse, surtout pas! Elle recule encore et sent le puits juste à coté d'elle... Fuir... Il y a forcement une solution... Tout plutôt que de se faire attraper par cette... chose...
Alors elle s'assoie sur le bord du puits, les pieds dans le vide, elle prend une grande respiration, son flanc la fait souffrir, le sang coule sur ses seins. Elle entend l'homme dans son dos qui s'approche, la cherche... Elle se lance dans le vide.

Sa chute est immédiatement arrêtée par la corde nouée autour de sa taille. Elle souffre encore plus de sa ou de ses cotes cassées, son souffle se fait court, sifflant. Et soudain... Elle sent qu'elle remonte, qu'on la hisse petit à petit vers le haut, c'est l'homme, il a trouvé la corde, il s'en sert comme le ferait un pécheur, il a si faim...

Alors de ses doigts meurtries, de ses ongles cassés, elle tire sur la corde, essaye de dénouer le noeud qu'elle a fait, elle s'empresse, panique. Elle sent les pierres du puits dans son dos la griffer, elle sent le souffle de l'homme, sa salive qui coule sur ses cheveux, elle sent le regard de celui qui scrute les ténèbres pour la voir paniquer, celui qu'elle a voulu séduire, celui qu'elle n'aurait jamais du rencontrer...

Et le noeud cède enfin! Elle s'enfonce dans le néant, en silence, sans un bruit......

Juste celui, quelques mètres plus bas, de la lame de faux placée en travers du puits qui vient de la couper en deux...

L'homme fini son verre de cherry et le jette dans la pièce en contre bas. Il a tout vu, ses yeux perçant la nuit comme ceux des chats. Le cannibale en contrebas redresse la tête et se met à pleurer comme un enfant.

"Shorter than short!" plaisante l'homme en regardant le puits, et il s'adresse au fou en contrebas "Désolé Georg, même avec ton dollar, tu n'as pas eu ta boule de viande! Une prochaine fois peut-être?"

Et l'homme disparait dans l'obscurité en sifflotant joyeusement un air des Andrews Sisters...

Le lendemain, le soleil du 15 Janvier 1947 se lève sur les restes mutilés d'une jeune fille de vingt-deux ans...

 

Très librement inspiré de l'affaire du Dahlia Noir...


(Copyright Ledormeurduvol 2008)

 

(Musique: The Andrews Sisters "One Meat Ball")

  Lire les 2 commentaires | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 04-08-2009 à 10h06

 Vie et Mort d'un Rodeur... Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

Un jour... je poserai mon porte-plume, fermerais mes bouteilles d'Encre à dessin Rohrers bistre et sépia, rangerais dans la boite de laque rouge Chinoise mes fusains, craies sanguines, pinceaux Japonais de bambous, estompes et gommes mie de pain que j'ai façonné en formes de crânes. Je rangerais délicatement dans ma sacoche de médecin de campagne en croûte de porc ma boite d'aquarelles Italiennes, les tubes de Tempera à l'oeuf Daler Rowney, les médiums, les bouteilles de siccatif, térébenthine, l'éther qui m'enivre et calme mes modèles quand je deviens Fragonard sculpteur de chairs; mais aussi les petites fioles de vernis à craqueler, à retoucher, patine, poudre d'or et de bronze, et celle de sang séché. Dans l'étui de cuir noir qui sent le moisi aux chiffres "1888" dorés à moitié effacés, je replacerais mes "outils", le scalpel brillant, le long couteau à cartilages, la pince à disséquer, le marteau à crochet, la scie à os, le périostotome, le costotome, le ciseau burin, le rachitome de Mussat, quelques rugines à 5 tranchants...

Je caresserais doucement les têtes de Angelo le blanc et de Buono le noir, mes deux chats angoras, mes fidèles amis depuis de si longues années, en regrettant quand même de n'avoir pas eu le temps de remplacer l'oeil de Bueno qui en tombant à roulé sous l'armoire. Je rangerais dans leurs pochettes jaunies mes 78 tours d'opéras, et dans leurs boites les cylindres de cire pour mon phono-Lyre Puck de marque Carette de 1910. Combien de fois ai-je écouté "Un bel dì, vedremo" de Madame Butterfly gravé en 1906 dans la cire conservatrice? Et également Faust, La Nonne sanglante, Pia de' Tolomei, ou le Persée de Lully aux mots que j'aime tant entendre:

"Je porte l’épouvante et la mort en tous lieux;
Tout se change en rocher à mon aspect horrible;"

Qui me font songer au logogriphe de Joséphine Audra que j'ai punaisé sous le tableau de Hébert Ernest Antoine Auguste "Ophélie":

"Ami lecteur si tu me décomposes
Voici mes quatre métamorphoses.
Je fais voler sur les eaux
D'immenses bâtiments et de frêles bateaux.
Tu ne peux sur ta table
Supporter mon goût détestable.
Enfant de la fureur
Je porte en cent pays la mort et la terreur.
Enfin, je suis un amas d'eaux fangeuses
Où le chasseur souvent fait des prises heureuses."

Mais en parlant de tableaux, d'Ophélie, il faudra aussi que je désencadre ma reproduction de Paul Delaroche, et aussi le tableau de Ligeia, le suicide d'Edouard Manet, et les autres tableaux que j'aime: Paul Delvaux, Edvard Munch, Klimt, Henner, Madeleine Scellier, Michèle Grosjean, Gottfried Helnwein, photos de Aziz & Cucher, de Joel-Peter Witkin, ma gravure de Bérénice, celles de Mucha, de Hans Bellmer, les dessins d'autopsies de Sir John Westling, que je roule dans du coton le masque mortuaire de "l'inconnue de la Seine" repêchée en 1880 au sourire serein et énigmatique figé par la froideur de l'eau et de la mort, ma miniature d'une tête de Moaï, les sculptures de Giger, mon morceau de roche de couleur tombé du ciel, la poupée vaudou en bois lardée de piques et remplie des fèces de mon ennemi, la figurine d'un dieu païen à tête de poulpe, le godmiché d'ivoire qui grâce à un savant mécanisme fait jaillir des lames de rasoirs, ayant soit disant appartenu au divin marquis, le crâne de Lovecraft ou en tout cas vendu comme tel (le vendeur Chinois m'avait proposé le même jour le crâne de Lovecraft mais enfant pour moins cher)...

Il faudra aussi emballer ma vieille machine à écrire trouvé dans un commissariat de Raccoon sur laquelle j'ai sauvegardé tellement d'aventures imaginaires, mon amulette Tibétaine, mon cube orné sur toutes ses faces de dessins et symboles inconnus dorés, mon praxinoscope ou "lanterne magique" de bordel et son film muet sautillant montrant sur le mur fissuré de ma cuisine la danse orientale d'une prétendue ghaziya obèse faisant sa danse du ventre sans savoir qu'elle est morte depuis 2 siècles...

Je coucherais aussi dans les "chips" de polystyrène mon carcan de tête garni de pointes à l'intérieur que mon père m'a offert pour un anniversaire, mes bouteilles d'un excellent Chianti qui vont si bien avec un plat de foie aux fèves, les bocaux remplies de liquide jaunâtres qui laisse à peine voir des organes nécrosés et des foetus de porcs à 3 yeux ou 5 pattes, ma collection de dents d'enfants achetée à un dentiste de Boston deux jours avant qu'il ne se suicide en buvant du lait de chaux coupé au nitrate d'argent.

Je devrais aussi trouver un endroit pour préserver mes précieux ouvrages et mon savoir acquis, car un homme qui meurt c'est une bibliothèque qui brûle... Je léguerais donc mes éditions originales de E. Allan Poe, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Maupassant, Wordsworth, Lewis, Sade, Casanova, Oscar Wilde, Robert E. Howard, H.P. Lovecraft, Mary Shelley, Lord Percy, Abraham Merritt, Graham Masterton, William H. Hodgson, Robert Bloch, Théodore Sturgeon, J.H. Rosny âiné, Claude Seignolle, Bram Stoker, Jean Ray, Frank Belknap Long, Dennis Wheatley, sans oublier Jules Verne, H.G. Wells ou Sir Arthur Conan Doyle.... Et tellement d'autres!!

Je devrais aussi me débarrasser de mes nombreux films, allant du Nosferatu de Murnau au Silent Hill de Gans, en passant par tous les films de Tod Browning, de Ed Wood, ou de Tibor Takacs, tous les Hellraisers, Helm Street, Saw, Ring, Eyes, Hammer, et autres films d'ultra-violence que je regarde d'un oeil amusé en sirotant mon moloko synthemesc...

Puis, je pousserais la lourde maie qui recouvre la trappe... Je l'ouvrirais en tirant la poignée rouillée, je serais sans doute surpris par l'odeur de moisi qui viendra agresser mes narines. Je descendrais alors les marches de pierres en m'éclairant d'une bougie de suif qui vacillera à cause de la saturation de gaz carbonique, je descendrais, je descendrais, écrasant de temps en temps une épeire ou un cloporte... J'arriverais à la lourde porte de l'occultum, j'ôterais alors tous mes vêtements, avant d'ouvrir la porte et de la refermer derrière moi... Dans la grande pièce parfaitement ronde où j'ai décroché le pendule et bouché le puits, je sentirais la morsure du froid sur tout mon être, je poserais alors la bougie sur le sol poussiéreux encore taché du sang de Liz, elle n'arrivera à éclairer que les deux premiers mètres autour de moi. Je prendrais alors le gros sac de toile de jute que j'avais laissé là en prévision, j'en sortirais les briques et la bombe de ciment instantané... Et maladroitement, dans le peu de lumière qui vacille, les doigts gourds, je poserais chaque brique pour obstruer l'ouverture de la porte, rendant l'occultum plus occulte que jamais, lui rendant ses vraies racines grecques "crypte"...

L'air saturé de gaz commencera à m'enivrer, le froid à m'engourdir, je m'allongerais alors sur le sol, déplaçant la poussière, révélant les nombreuses traces d'ongles qui ont jadis griffé la pierre... La bougie s'éteindra, comme quand, enfant, ma mère arrêtait ma veilleuse avant de m'embrasser sur le front...

"Dors mon petit, maman est là..."

"Maman? Ne me laisse pas maman... J'ai froid... Maman?.."

"Maman?... Tu es là?..."

"Maman?"

...

..

.

 

 

(Copyright Ledormeurduvol 2008)

  Lire le commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 04-08-2009 à 09h46

 Correspondances Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

 

Lettres trouvées à Maison-Haute. Ci-dessous, retranscription de cette correspondance et annotations de ma main (si nécessaire). Travail effectué avec Maître Khan avec toute ma reconnaissance. Quelques photos étaient jointes à ses lettres, mais l'humidité les a collé. Une méche de cheveux et la médaille d'un saint ( Saint-Guignefort? ) se trouvaient également attachés à l'ensemble.
Aucune lettre n'est datée, et les enveloppes timbrées manquent. Le tout tenait dans une boite en fer rouillée (20 centimètres sur 14 centimètres) qui devait contenir au préalable des bandages herniaires de marque Hodfield & Son.


Cher ami.

Je vous attendrais dans la bibliothèque, avec cet exemplaire de la "Lettre d'Alexandre à Olympias et à Aristote" dont vous me fîtes cadeau. Cette édition est admirable et la dorure parfaite.

Oserais-je vous demander ce que vous pensez de mon essai sur Callimaque de Cyrène?

J'aimerais en parler avec vous, autour d'un bon cognac, je me suis fait livrer un Otard de 1860 qui est merveilleusement goûteux.

Baisez la main de votre dame pour moi, vous savez qu'elle m'est précieuse.

Puisse votre source rejaillir!

Votre ami et serviteur,

Terry O'Meher, deuxième du nom.



 
Mon très cher terry,

(Ou devrais-je vous dénommer Péritas? Ceci conviendrait à votre pédigrée et à nos références courantes à Dhû'l-Qarnâ').

Un Otard! Excellent choix. Mon choix se porte plus aisément sur un Royer 1859, les années précédentes trahissant encore le manque d'expérience de la maison. J'esère que vous ne me tiendrez pas rigueur de ce coup de Jarnac!

Celui qui en sait trop et qui ne sait pas tenir sa langue est comme un enfant armé d'un couteau.
C'est la maxime que je retiendrai de votre essai. En vous lisant, j'ai l'impression d'être Apollonius, mais j'espère que vous ne vous fendrez pas à mon endroit d'un "Ibis" comme le Maître en gratifia jadis son disciple.

Me connaissez vous si mal que vous imaginez qu'un baiser sur la main soit la seule chose dont je me satisfasse lorsque j'approche ma dame?

Je sais qu'elle vous est précieuse, et sachez, mon Ami, que vous lui êtes tout autant. Il m'arrive parfois,au demeurant, d'envier cette subtile complicité. Mais soyez tranquille, cette envie a toujours été dépourvue du moindre sentiment laid ou indigne d'un Lord.

Ma source... cela me rappelle le texte d'un des ces contemporains français... comment se nomme-t-il au juste...?? Maupassant, je crois.
Un texte d'un raffinement et d'une perversion rarement égalées.

Votre dévoué et reconnaissant,

Tommy W. Bulsara



 
Old chap!

Comment vous tenir rigueur de cette escarmouche bien dans votre manière en tout point ? Si j'avais l'outrecuidance de penser que vous n'étiez pas à même d'être à la hauteur de relever le gant (comme vous le fîtes à Bayreuth lors de ce tournoi militaire d'escrime en 1919) je vous aurais servi un vulgaire Arthus de Segonzac ou un armagnac blanc que vous détestez car il altère le goût de vos cigares de St Domingue.

Je vois que vous avez lu la Scholia In Theocritum et maîtrisez les pamphlets d'Eratosthenes (en considérant qu'ils soient bien de sa main, ce dont je doute) et je pourrais dire de vous, tel Virgile "Felix qui potuit rerum cognoscere causas"

Diantre ! Comment pourrais-je douter de votre approche galante ? Je me souviens fort bien de cette bohémienne que nous rencontrâmes à Zanzibar qui benoîtement voulait entrer dans le protectorat pour je ne sais quelles diableries... Il me semble que vous obtîntes bien plus que sa main ou son coeur ! (et je le crains quelques mauvaises fièvres malignes)

Me croyez vous sot et mal instruit ? De ne point avoir connaissance de ce Maupassant ? J'ai un point commun avec lui, je suis né l'année de sa mort en 1890 ! Le saviez-vous?

J'ai lu ses Contes de la bécasse et Boule de Suif, mais je trouve cette écriture un peu trop moderne à mon goût. Cette histoire de femme de mauvaise vie qui pactise avec le Prussien...
Vous me connaissez, j'aurais usé de mon Enfield pour leurs donner leur pesant de 476 !

Je vois que la perversion vous habite toujours, cher vieux compagnon ! Un retour de ces fameuses fièvres sans doute ?

Votre ami et serviteur,

Terry O'Meher, deuxième du nom.

Post-scriptum: Quand aurais-je le plaisir de revivre quelques moment à Mûrrakûsh avec vous?



 
Mon très cher ami

Quelle coïncidence extraordinaire que vous citiez Virgile, dont je suis par ailleurs un grand admirateur, moi qui me prend à rever que je suis un Enée et que le monde qui m'entoure est un Enfer: nouveau, effrayant, fantastique, lugubre, tentant....
En effet, vous connaissez ma passion pour les Sciences (et Dieu sait que notre époque a cela d'unique qu'elle est en pleine ébullition à ce sujet), je suis actuellement plongé au coeur des écrits de Durkheim sur le suicide, et lui même a fait de cette maxime son crédo et le fondement de ses théories.

"Heureux celui qui peut des choses connaître les causes".

Et bien figurez-vous, Dear Friend, que je m'aperçois que je fais mienne cette phrase chaque jour davantage.
Sans doute cela explique-t-il ma boulimie de connaissance et mon emerveillement devant les choses nouvelles. Et la peur que cela peut engendrer.

Que de souvenirs communs déjà... Il me tarde devous revoir.
Je souhaite m'entretenir avec vous d'un projet d'expédition qui me tient à coeur.

Cette bohémienne aux yeux de chats dont vous me parlez, m'a laissé différents... "messages" voyez vous.
Comment vous l'expliquer sans que vous me jugiez bon pour le Maudsley Institue??

Elle vient souvent me parler... en rêve. Mais ce que j'entends par là, c'est qu'elle vient VRAIMENT me parler. En réveillant au passage et pour de longues heures ces maudites fièvres. Et depuis quelques temps, elle me parle parfois de vous.

Elle vous a évoqué dernièrement, parlant de vous comme "Ojibwa","Kurete", "Aïno","Shih Tzu" et j'en oublie... je n'y comprends rien!
Ce que j'ai compris, c'est qu'elle m'a dit qu'il nous était vital, à vous et à moi, de nous rendre prestement au Caire. Que vous sauriez pourquoi. Et que je découvrirai alors ma vraie nature.

Je crains pour ma santé mentale, Terry. Mais pas pour ma santé physique si je juge des prouesses que je puis réaliser en rêve pour contenter cette bohémienne dont j'ignore le nom!

Répondez moi vite, très cher ami... les fièvres engendrées par ces rêves sont de plus en plus intenses, et je suis persuadé que vous êtes l'un des rouages du mécanisme qui ménera à ma compréhension, voire à ma guérison.

Tom.



 
Mon ami,

Que dis-je, mon frère, puisque nous avons eu l'honneur de servir la Reine dans le même bataillon! Si les officiers du Royal 5ème Régiment de Norfolk ne sont pas des frères, alors que sommes-nous ?
Je m'estime être plus qu'un ami depuis ce jour d'août 1915, quand d'étranges aboiements de chiens détournèrent notre attention alors que nous atteignîmes la colline 60... Auriez-vous oublié la balle qui transperça votre épaule déchirant le ligament coracoïdien ? Auriez-vous oublié Sir Ian Hamilton disparaissant à notre vue pendant que je coupais la toile de ma tunique de service ?.

L'Enfer... Nous l'avons vécu, ensemble, aux Dardannelles. Puis séparément, quand vous fîtes ce séjour en sanatorium. Je me souviens de vos errances dans les dunes de Norwich. De votre volonté de sauter des 96 mètres de la cathédrale. Du scandale du Dragon Hall. Qu'aviez-vous donc vu alors ?
Je maudis ces démons qui vous dévorent. Souvent je ne vous comprends plus.

Laissez donc Durkheim, Lévy-Bruhl, tous ces sociologues, ou Flammarion et ses fantômes, ils ne font qu'ajouter brouillard et doute en vos délires.
Retrouvez vos saines inspirations, j'aimais quand au Green Manor's club vous nous faisiez découvrir des passages poétiques des grands auteurs. Je me souviens des échos de votre puissante voix déclamer Virgile


"J'ai des fruits savoureux, des chataîgnes amollies par la flamme, un laitage abondant. Déjà les toits des hameaux fument au loin, et les ombres grandissantes tombent des hautes montagnes..."

Je regardais Lord Peyton siroter sa liqueur de whisky, les yeux mi-clos, savourant vos paroles...
Faites fi de ces souvenirs, de ces paroles, de ces mauvaises fièvres... Je sais, au trop combien, que vous avez la tête pleine de ces étranges syllabes.


Je ne vous l'ai pas dit, mais lors de notre dernière chasse sur les terres de Lord Percival Everett, vous fûtes victime d'un étrange malaise lors de la curée, et alors que je baignais votre front brûlant d'un linge, vous psalmodiâtes de fort confuses paroles. Des mots dont je ne saisissais pas le sens. "Kaalb.... T'ien-k'uan!!! Caniba!, les Mangechairs arrivent! Fuyez! Gardez-vous Felicane!" et d'autres mots me semble-t-il en Arabe et en langue Perse...

Une force non-humaine vous tordit les membres, tant et si bien, que je devais lier vos mains de ma ceinture de chasse. Je vous avais dit à l'époque que c'était sans doute le "vomito negro" puisque nous revenions du Sénégal, et vous fîtes semblant de me croire...
assurément sachant que vous .

Mon bon ami, je vous sens vivant enfer sur Terre, cherchant des Dieux ou des explications. Soit, si vous avez besoin de moi pour trouver réponses à vos maux, je serais là. Dites-moi quand vous voulez partir, si comme d'habitude nous prenons "L'Escurial" pour nous rendre au Caire, laissez-moi quelques jours pour vendre quelques titres, faire bagages, et je suis votre homme!

Mais qu'en pensera votre douce amie ?

Votre dévoué Terry




Fin de la correspondance, mais n'ayant pas fouillé chaque pièce, je ne désespère pas de trouver la suite.

LDDV et KH4N (2009)


 
Post Scriptum

Une autre lettre était utilisée comme marque-page dans un livre "Monstrorum historia cum paralipomenis historiae omnium animalium" de Bartholomaeus Ambrosinus, précisement à la page parlant de la vie de Pétrus Gonsalvus en 1555.



Cher compagnon.

Jeudi 10 mai 1923.

Je vous écris de Boston où je suis bien arrivé. J'ai eu la chance de trouver une belle chambre meublée dans une pension à l'angle de Beacon Street et Spruce Street, au quatrième étage sous toits. je me meurs à cause de la chaleur mais j'ai une magnifique vue sur le parc. Hier j'ai un peu visité la ville, j'ai vu la maison de David Sears, juste à coté de la pension, magnifique batisse de granite qui ressemble à un chateau. Pour passer le temps j'ai été voir un spectacle d'un certain Laurel un comédien burlesque assez pitoyable qui se moque de Robin Hood; il me semble l'avoir déjà vu à Londres dans la troupe de Fred Karno car c'est un compatriote.

Je dois vous avouer mon inquiétude à votre sujet. Votre trace se perd dans cette ville qui était ma dernière piste. Toutes mes lettres, aussi bien au club qu'à votre adresse de Payton Street, me sont revenues, et mes radiogrammes à l'étranger demeurent sans réponse. Où pouvez-vous être bon sang !

J'ai lu hier dans le Time magazine, un nouvel hebdomadaire ici, que les problèmes sont incessants dans nos colonies. Seriez-vous concerné par ces troubles, que ce soit par l'émirat hachémite ou la constitution de la Palestine? Etes-vous en Irak? Dans le golfe d'Aden?

Je vous ai cru en Egypte, en avril dernier, suite à ces événements étranges après le décès de Lord Carnarvon, mais aucun des muwaafin du Winter Palace ou du Shepheard's ne vous a vu depuis des années.

Je n'ai pas oublié que ce 10 mai est une date importante pour vous. Et j'ai le coeur serré en vous imaginant dans je ne sais quelles difficultés.

Dans l'attente, enfin, d'une réponse de votre part..

Terry.

 

  Lire les 2 commentaires | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 01-08-2009 à 22h15

 Poème Numb3r 6 Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

Seul avec moi même et le Hors Là

Devant le miroir d'Alice... un peu piqué par le temps...
Suis-je le chat du Cheshire au sourire éclatant?
Dinah, ma petite chatte, est partie sous d'autres cieux...
Je cherche le lapin blanc qui me rendra heureux...

Je m'habille du mercure qui suinte de la glace
Mon autre moi inversé a déjà pris ma place
Un trou orne ma poitrine à la place du coeur
Car je n'existe plus sans amour ni bonheur

De l'autre coté du miroir, je n'ai vu que reflets
Rien de plus ou de moins que de nombreux regrets
Maintenant il m'emprisonne, il me garde caché
Tel un portrait maudit, celui de Dorian Gray...

J'ai eu tant de mensonges et d'amitiés véreuses
En devenant Néant elles redeviennent mielleuses
Tant de larmes ont coulé en perles de corail
Depuis que j'ai quitté ce qu'on appelait sérail

Je ne suis plus maintenant ni vivant et ni mort
Juste un esprit errant sans joie ni réconfort
Torturé jour et nuit par tous ces personnages
Qui furent jadis mon tout alors un peu plus sage

Alors je me sens glisser un peu plus chaque fois
Dans ce vide immense qui m'ouvre grand les bras
Oubli et indifférence sont mes nouveaux parents
La chaleur de la haine vient réchauffer mon sang

Mes mains qui étaient aptes à caresser l'argile
S'affûtent... "Dirae" d'airain évoquées par Virgile
En terre de mépris je construis ma maison
Et ma mère patrie de devenir...

Oblivion!

 

 

 

(Copyright Ledormeurduvol 2008)

  Lire les 2 commentaires | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 01-08-2009 à 18h18

 L'enjeu (Sed non satiata) Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

 

Elle arrive à l'heure, ou presque, un très léger retard. Au bout du passage couvert de métal et de verre, la grande horloge décorée de stucs indique déjà 14h05. Le passage Jouffroy pour une fois est désert, le mauvais temps n'incitant pas les gens à sortir. Elle cherche l'adresse, le coeur battant un peu rapidement, et déjà une douce sensation au ventre. Elle trouve assez rapidement la porte grillagée et l'interphone doré avec un gros bouton en métal brossé.

"Oui ?" la voix résonne dans l'allée, un peu nasillarde comme une vieille radio. "C'est moi...", elle a failli ajouter ".. ton cadeau...", mais ça semblait déplacé.. "Ton prix ? Ta récompense ?" en attendant que la porte s'ouvre elle recoiffe machinalement ses longs cheveux noirs. Après tout comment dire cela?

Elle a eu cette idée un peu folle de se proposer en enjeu dans un concours de beaux textes érotiques. Le gagnant se verrait offrir une heure en sa compagnie. Oui mais une heure de quoi ? De bonheur ? De délices ? De folie ? Et si c'était un malade qui lui montre sa collection de timbres pendant une heure ? Débattant des dents d'un Cérès rose de 80 centimes émis en 1872 et gravé par Anatole Hulot célèbre galvanoplasticien et non moins Franc-Maçon de la Monnaie de Paris.

C'est à ce moment là que la porte s'ouvre d'elle même coupant net ses réflexions. Elle est surprise de découvrir un ascenseur, sans doute ancien, à la moquette à moitié arrachée et limée par le temps. Juste un étage et la porte s'ouvre sur un long couloir. Des portes fermées, certaines barricadées, font un peu penser à un squat. "Mais où je vais là ?" se dit-elle en avançant, passant devant des vieilles affiches de magiciens: Fred Kaps, The Great Tomsoni, Arturo de Ascanio, Slydini... Au fond du couloir une porte est entre-ouverte, qu'elle pousse doucement, les yeux grands ouverts...

"Entre !" La voix est assurée, chaude, amicale. L'ambiance de la pièce également est chaude et rassurante, de grandes tentures rouges décorent les murs, certaines en batik avec des motifs javanais ou des idéogrammes chinois, d'autres, en soie, bougent mollement, se gonflant comme des voiles de navire sans doute à cause de la climatisation ou d'une fenêtre invisible. De l'encens doit brûler, il y a une odeur de bois de cèdre et de chèvrefeuille. "Entre donc, et ferme la porte", l'homme est lui aussi porteur de soie, ou d'un tissu qui brille un peu à la lumière, une sorte de kimono noir satiné, avec des dragons dorés brodés. C'est un peu kitch mais ça lui va bien, et elle est particulièrement fascinée par ses yeux qui semblent la traverser et lire en elle. "L'heure est commencée j'imagine, à partir du moment où tu es en face de moi ?" elle répond un "Oui" un peu timide essayant de fixer son regard pour se donner un peu d'assurance.

"Alors, déshabille-toi !" dit l'homme qui ne la quitte pas des yeux. Alors doucement, elle retire sa chemise, ôte son pantalon, espère que l'homme ne voit pas trop l'excitation qui inonde sa culotte, elle ôte son soutien-gorge et sent le regard de l'homme sur sa poitrine, petite mais charmante. Une main cachant pudiquement ses seins, elle retire sa culotte. La voici nue et le temps s'arrête.

L'homme la détaille, fait de ses yeux des pinceaux qui caressent ses courbes, lèchent ses formes, débusquent sa féminité un peu trouble.

"Bizarre déité, brune comme les nuits,
Au parfum mélangé de musc et de havane,
Oeuvre de quelque obi, le Faust de la savane,
Sorcière au flanc d'ébène, enfant des noirs minuits..."

Sa voix est douce, calme, posée, il dit ces quelques vers tout en versant le contenue d'une théière japonaise dans un petit bol. En souriant, comme un chat qui vient d'attraper une souris, il s'approche et lui tend le bol. Il est décoré en son fond d'une sorte de geïsha à l'air ingénu assise sur un énorme vit qui semble sortir de terre. L'illustration bouge au gré du liquide ambré et fumant. "Thé bergamote et orange, avec un trait de vodka à l'herbe de bison.. Bois sans crainte".

Elle porte le bol à ses lèvres et avale une gorgée, c'est chaud, doux, et bon. Une goutte de thé coule sur son menton, puis entre sa poitrine, et descend sur son ventre. Elle regarde l'homme dans les yeux et se mord la lèvre inférieure comme une enfant prise à faire une bêtise. Il se penche et d'un coup de langue lape la goutte qui avait dépassé le niveau de son nombril. Il ferme les yeux et hume son parfum, s'enivre de l'odeur de son sexe, puis revient la fixer droit dans les yeux.

"Tu as fini ton thé ? Alors, vient..." Il lui prend la main et l'amène vers une sorte de futon posé au sol, là, il lève sa main au dessus de sa tête et elle comprend qu'il l'attache à une sangle de cuir grâce à un foulard ou quelque chose de très doux. Ses gestes quoique fermes et précis sont plein de douceur. Il attache son autre main, puis ses pieds, et même sa taille.

"J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps sans doute que je m'éveille. C'est de Desnos, tu connais ?. Ton corps est magnifique, je vais t'apprendre à l'écouter. Le corps d'une femme est une partition vierge, avec les notes que je vais écrire sur toi, nous allons faire une symphonie."

L'homme écarte une tenture qui se trouve en face d'elle et révèle une grande glace à trumeaux, elle se voit offerte et si fragile, ce qui lui fait un peu peur mais l'excite aussi énormément. Il va chercher un autre bol et des sortes de pinceaux. " L'érotisme, c'est de donner au corps les prestiges de l'esprit. Ca c'est de Georges Perros, un poète à redécouvrir..."

Après avoir trempé le pinceau dans une sorte de peinture, il commence à dessiner doucement sur son sein droit. "Tu te demande ce que je fais ? N'est-ce pas ? Alors, je t'explique, chaque bol contient des huiles essentielles de plantes et des colorants naturels un peu comme le henné. Les plantes utilisées sont toniques, aphrodisiaques et stimulantes, les mélanges sont plus ou moins dosés en Hydrocotyle, yohimbe, withania, et Ficoïde. Les mélanges sont savamment étudiés pour avoir des effets accélérateurs ou retardant sur le plaisir et les sensation. Ils peuvent stimuler tes zones érogènes et littéralement télécommander ton désir. Ainsi, lorsque je dessine sur ton corps un kanji, un pictographe zhishi, par exemple l'image de la pluie tu vas te mettre à transpirer plus, et si c'est le symbole de la rivière, tu vas mouiller davantage, mais est-ce bien utile alors que tu es déjà trempée ?"

L'homme a fini de dessiner sur sa poitrine, dans la glace son reflet ressemble à un beau livre couvert de lettres complexes et étranges.
"Le souffle de l'oiseau au soleil de printemps, c'est ce que je viens d'écrire, je te laisse apprécier ses délicates pattes et ses petits coups de bec..." dit-il avec un grand sourire un peu diabolique, puis il se penche, utilisant un autre bol, pour dessiner des idéogrammes au dessus et en dessous de son nombril. Elle se dit que l'heure va passer lentement si ça se limite à ça, que...

Mais d'un coup elle sent un courant d'air sur ses seins. D'abord frais comme un vent léger, il se transforme en souffle, chaud, comme si une bouche invisible touchait presque sa peau. C'est ensuite des fourmillements, une étrange impression, comme des milliers de petites mains caressant sa poitrine, puis se concentrant sur ses mamelons l'effleurement de plumes... C'est divin, et si étrange! Elle ouvre la bouche un peu surprise, tend la poitrine, met sa tête en arrière, savoure cette sensation.

L'homme a fini ses dessins, il a presque couvert le corps de la femme de ses signes, il pose ses bols et ses pinceaux, laisse glisser son vêtement par terre, et vient s'assoir sur le futon, en face d'elle, montrant une belle érection. Elle est fascinée par cet homme qui ne parle plus, se contente de la regarder en silence, par sa queue dressée comme une offrande.

Et cet à ce moment là qu'elle sent une source couler sur son ventre, fraîche, avec l'impression que des morceaux de glace passent de façon concentrique autour de son nombril, elle ferme les yeux, se sent allongée, la tête baignant dans l'eau tiède d'un lagon, une cascade d'eau glacée tombant de trente mètres de haut sur son ventre, elle est le centre de l'univers, emportée par un tourbillon violent... "La cascade des mille plaisirs j'imagine ? parfaite pour te détendre et te préparer au reste..."
"Le reste ?" dit elle dans un murmure, assommée de sensation, avalant sa salive qui se fait abondante. "Oui, le baiser du dragon devrait atteindre ton clitoris et la soif du fruit mûr envahir ta chatte."
"La soif de quoi ? OoooOOh" Elle vient de tendre le bassin sous une forte sensation... "Mon dieu... que me fais-tu ?? Aaahhh.... C'est trop bon..."

Alors l'homme appuie sur une commande à coté de lui, et elle se sent bouger. Les courroies qui la tiennent sortent du mur, de fentes cachées par les tentures. Elle est comme une marionnette à fils, petit à petit les courroies des bras l'amènent à l'homme, se détendent pour l'incliner vers lui, s'aidant de ses pieds, tirant sur les autres courroies, elle essaye d'approcher son ventre de sa bouche. "Baise-moi, je t'en supplie.... Mmmmm.... Oh non, ôte moi ça, ça me tue...." Elle se mord les lèvres alors que son sexe semble être en feu, elle a l'impression que son clitoris est devenu énorme, brûlant. Elle a la tête penchée en avant, le visage caché par ses cheveux collés de sueur.

Il laisse le doigt sur un bouton et elle sent plus de liberté dans ses mouvements. Debout sur ses orteils,le bas du corps tendu au maximum vers l'avant, elle prend sa tête dans les mains pour amener sa langue entre ses cuisses. "Mange moi, mange ma chatte, lèche cette putain de chatte ! Tu me rends dingue avec tes trucs !!" Elle est devenu chienne, ne veut plus qu'une chose, c'est sentir sa langue en elle, qu'elle apaise la chaleur qui la brûle.
Lui plaque ses mains sur ses fesses et l'attire vers lui juste à quelques centimètre de sa bouche, au limite de tension de la courroie. Elle bande du clitoris et son excitation mélangée de sueur lui coule le long de la cuisse, alors qu'elle a l'impression que des serpents électriques se lovent autour de ses jambes. "Ta langue ! Je t'en prie, éteins ce feu !" gémit-elle.

"Serais-tu comme Esope qui pensait que la langue est la meilleure et la pire des choses ?" et du bout de la langue il décrit des cercles sur son clitoris provoquant l'effet d'une délicieuse décharge électrique qui la tétanise de plaisir. De sa langue faite serpente, il goûte et pourlèche ses lèvres rendues plus sensibles, c'est comme un baume qui calme la chaleur. Elle se met à gémir doucement, comme de douces pleures, à chaque coup de langue qui l'apaise. Sa respiration se fait plus calme, elle est envahie de douceur et de plénitude. La pièce aux dominantes rouges se fait mer de nuage et bleu azur derrière ses paupières closes. Son ventre se serre, elle ne sent plus que cette langue qui fouille sa vulve, se presse sur son clitoris, sa respiration sur ses lèvres. Elle est dans une mer chaude, caressée par le courant, les poissons, une douce et apaisante mer chaude. La vague vient de l'emporter, un orgasme court mais profond qui monte de son ventre et lui fait pousser un petit cri, presque de surprise. La langue se fait plus tendre, plus douce, est remplacée par de légers baisers. Elle se met à respirer profondément, essayant de retrouver en elle cette étincelle délicieuse qui vient de la traverser.

Un mouvement, elle entre-ouvre les yeux, il vient de se lever, il vient d'appuyer encore sur des commandes et les courroies glissent et se déplacent sur les murs et le plafond. Petit à petit, dans un doux ronronnement de machine, invisible à ses yeux, elle se retrouve dans une position horizontale, les bras un peu plus élevés que sa tête, les jambes écartés, pieds au sol, le bassin soulevé et les fesses offertes.
"Tu dois te demander comment j'ai fabriqué cette machine non ? En fait, c'est de la récupération si je puis dire... Juste à coté il y a le musée Grevin fondé par Arthur Meyer et Alfred Grévin..." tout en parlant d'une voix douce, il caresse ses fesses, et elle sent qu'il applique un nouveau produit sur son anus, son périnée, et son vagin... "La pièce où nous sommes faisait partie des locaux servant à restaurer ou à finir les moulages des statues les plus délicates, des poses les plus fragiles. Toute une machinerie incroyable a été dissimulée dans ces murs en 1888 grâce aux moyens de Gabriel Thomas, financier qui participa au projet... Tu n'imagines pas les jeux qu'on peut inventer avec ce joujou que j'appelle mon palais des merveilles..."

Encore une fois une sensation étrange prends le contrôle de son sexe, elle a l'impression de sentir chaque partie d'elle se mettre à battre ou à onduler, son utérus, sa vulve, et même son anus, c'est étrange et presque désagréable... "Ne t'inquiètes pas mon coeur, je veux juste te faire découvrir le plaisir ayurvédique, la cogition sexuelle." Et doucement il enfonce son sexe en elle, c'est incroyable comme elle est réceptive à chaque relief de sa verge, comme si chaque sensation était décuplée. Elle sent son gland venir appuyer cette zone plus sensible, son point-G, ses testicules taper contre ses lèvres. Elle sent son pouce qui s'enfonce doucement dans son anus, mais elle le sent disproportionné, comme un deuxième pénis, deux hommes s'occupant d'elle. Elle n'a jamais senti autant de sensibilité, le moindre mouvement est un délice. Elle qui pensait que seul un doigt habile pouvait stimuler sa zone la plus cachée, elle sent aux ondulations profondes de son ventre le plaisir arriver, d'elle même elle donne de grand coup de reins pour l'amener à jouir, pour qu'il tape encore plus sur cette zone devenue explosive. Des ondes sourdes montent en chaleur du plus profond d'elle se transformant en jouissance animale, elle pousse un râle plus qu'un cri, des sons inarticulés, les formules magiques du plaisir, la langue des amants...

Alors l'homme se retire d'elle et vient lui présenter sa verge qu'elle prend gourmande en sa bouche, la suçant avec avidité. Elle aspire et serre les lèvres pour le faire exploser, se faisant vulve, et répondant à chaque soupir, à chaque frisson du membre. L'homme se sert d'elle, il va et vient plus vite, et son sexe semble brûlant. Elle sent le moment où tout son être se tend, alors qu'il éjacule, encore et encore, de longs jets qu'elle savoure. Son sperme est chaud, épais, doux et parfumé, sans doute grâce à de mystérieuses tisanes. Elle en boit chaque goutte, entendant avec satisfaction son amant soupirer.
Il la couvre alors de baisers, la fait se relever, détache ses entraves. D'un linge humide au parfum de fleur d'orangé il lave délicatement les écritures, se montre attentionné. Et une fois que son corps est immaculé, tous les deux debout s'enlacent, dans la douce lumière rouge. Il lui prend la tête, se perd dans ses yeux bleus comme on ouvre une fenêtre sur le monde, et l'embrasse encore sur le nez, les yeux, la bouche, son haleine a une odeur de fruits, un peu melon, un peu pèche. Alors il dit doucement "Mon coeur, ça fait une heure... et cinq minutes... Tu ne m'en veux pas d'avoir abusé ?"
Alors elle éclate d'un rire qui, cristallin rebondit entre les toits de Paris et monte dans le ciel d'orage.

Dedicassé à S. pour la Nuit des Amusées, où toutes les muses sont de sorties.

(Copyright Ledormeurduvol Mai 2009)

  Lire les 3 commentaires | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 01-08-2009 à 18h09


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  Blog créé le 31-07-2009 à 08h36 | Mis à jour le 04-08-2009 à 11h29 | Note : 7.75/10