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LEDORMEURDUVOL

Bienvenue dans ma crypte... Je suis LeDormeurDuVol, ou Linceulite, une chimère onirique, un être de l'ombre se nourrissant des frustrations du monde, des sentiments perdus, des peurs et des pleurs que nous portons en nous..
Attention, certains de mes textes sont RESERVES A UN PUBLIC ADULTE et peuvent choquer. Personne ne vous oblige à les lire, et si vous ne m'aimez pas, passez votre chemin....
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- APARTE ZERO - L'homme de Budapest.
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- La Rose et le Piano
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- Vie et Mort d'un Rodeur...
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 APARTE ZERO - L'homme de Budapest. Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

 

- L'homme de Budapest -

L'homme regarde sa montre à gousset, remonte son col, et s'enfonce dans la brume matinale. Le jour est en train de se lever doucement, un soleil paresseux lèche la forêt de tours du Parlement flambant neuf, des flèches dorées se mettent à danser dans l'eau cristalline du Danube.

L'homme marche vite, pressé de quitter le quartier Lipotvaros, regardant à droite et à gauche comme semblant craindre quelques démons cachés. Il a la trentaine, le teint maladif, les joues creusées, la moustache fine sculptée de cire et ses peurs sont aussi bien réelles que psychiques, lui qui vit entre deux mondes...

Budapest est blafarde en ce matin de septembre, la ville siamoise se calfeutre encore dans ses draps chauds. Dans les rues il n'y a pas une ombre qui vive, juste au loin le bruit des sabots d'un cheval. L'homme a les yeux bordés de noir, il a mal dormi, la statue d'Anonymous du parc Vajdahunyad est venue le voir toute la nuit, fouillant ses chairs de ses doigts de bronze. Il s'est réveillé au chant du coq alors qu'il enfonçait son poing dans la capuche du dormeur, ne rencontrant que le vide.

Une heure après il a encore la sensation que sa main est gelée. Est-ce que cette vision est la conséquence de sa visite au prince Boldizsár ? Ils ont longuement parlé devant un verre de Tokaji Aszú de cette statue fraichement sculptée, de l'homme qu'elle représente, un moine poète, érudit, versé dans les sciences, qui aurait de sa plume séduit le roi Béla III il y huit siècles de ça.Le prince a voulu absolument lui montrer l'homme assis aux yeux étrangement représentés crevés par l'artiste. Ce regard mort, encapuchonné, malsain, l'a traversé comme un éclair de glace. La nausée venant il a demandé à rentrer dans les appartements du prince où des sels lui ont été apportés.

Quoi qu'il en soit, il était heureux d'avoir récupéré "l'objet", qui aurait pu être mortel au prince et qui maintenant dormait dans la valise avec les autres. Banale valise en carton qu'il porte de la main gauche, celle qui n'a pas touché le néant. On ne sait jamais...

Alors qu'il s'engage sur le pont qui mène à l'ile Marguerite, le tram arrive à sa hauteur, chevaux et conducteur encore à moitié endormis. Profitant de l'occasion l'homme monte en marche et s'assoit sur l'un des sièges de bois verni. Plus calme, il se met à repenser à ses visions. Pourquoi cet Anonymous est venu le voir, pourquoi ce malaise, alors qu'il s'était bien gardé de toucher la statue? Ce moine, cet écrivain, il ne ressemble pas à l'autre homme à la peau noire, celui du livre, celui qui est venu dans ses rêves, quand il était enfant.

Difficile de trouver un rapport entre ces objets, et pourtant ils sont liés...

Le plus infime et pourtant si étrange, comme cette coupure de journal, un vieil article avec une photo, celle d'un jeune homme noir, vêtu d'une chemise déchirée, entouré d'une foule d'hommes blancs.Derrière lui un grand arbre avec une corde...

L'homme sourit benoitement, comme un enfant, comme s'il était heureux d'être pris en photo, il n'a pas l'air de comprendre.Juste sous la photo il y a marqué "Eusabia Jefferson, assassin et voleur, mai 1920." Soit c'est une erreur d'impression, soit ce journal ne sera imprimé que dans 16 ans !En prenant le morceau de papier, la première fois, le médium a entendu le grincement du chanvre sur la branche, l'odeur des flambeaux, les rires et les cris de la foule. Depuis le morceau de papier dort entre deux feuilles de papier de soie.

Le plus chargé émotionnellement est sans aucun doute le livre, recueil de comptines pour enfant, avec des illustrations mièvres à l'encre. Dès qu'il l'a touché les pages lui ont parlé, une voix de petite fille résonnant dans sa tête.

"Olly Olly Olly, la fillette monte sur l'escabeau, et veut prendre le pot, boum! Olly est tombée, elle va être grondée"

Je tiens la main de ma maman, douce et chaude dans la mienne, il fait beau, il fait soleil, j'ai ma belle robe que j'aime. Nous nous baladons dans la ville, c'est comme je l'ai vu sur une photo, comme La Nouvelle-Orléans, il y a des maisons à colonnades. Tout est blanc. De belles dames à ombrelles et larges robes se promènent dans les rues, des hommes élégants avec des canotiers les saluent. J'aimerais bien habiter cette ville, c'est joli.

J'entends de la musique, des trompettes, mais c'est comme sous l'eau, au ralenti, comme quand le gramophone doit être remonté. Les gens s'arrêtent de bouger, je marche avec maman entre eux, mais eux ne bougent pas. Personne ne bouge sauf un homme qui me fait un peu peur, son visage est noir, comme les sauvages dans la grande encyclopédie de papa. Noir et triste, avec de grands yeux qui roulent.

J'essaye de voir comment il est habillé, mais il a déjà disparu. Il est à l'étage d'une maison maintenant, il me regarde. Et il disparait à nouveau pour réapparaitre ailleurs. Je sens des parfums de fleurs, des parfums très forts. Les murs des maisons sont couverts de fleurs multicolores. Et l'homme noir est au milieu de la rue, il avance, mais il ne marche pas, et quand il touche quelqu'un, la personne tombe comme ma poupée de laine. Il me fait peur.

Je veux le dire à maman mais quand je me tourne vers elle, ce n'est plus sa main que je tiens, mais une barbe à papa. Maman est en train de s'éloigner. Je l'appelle, mais elle ne m'entend pas. Je veux courir vers elle, mais j'avance tout doucement comme si j'étais très lourde. L'homme en noir s'approche, je vois mieux son visage, il n'a pas d'yeux mais il pleure, la bouche tordue par la tristesse ou la douleur, il tend ses mains vers moi.Je ne veux pas qu'il me touche. Je ne veux pas qu'il me touche...

"Lizzy? Tu as fait un cauchemar ma puce! Tu m'appelais. C'est fini, je suis là, rendors-toi."

"C'était encore lui maman, celui qui vit dans mes rêves...."

Dans le tram, deux personnes viennent de tourner la tête vers l'homme qui vient de parler à haute voix. L'homme à la valise en carton sur les genoux. L'air gêné il bredouille des excuses, se lève, et descend en marche.

"Maudites pensées" se dit-il. Juste de repenser à ce maudit livre pour enfant et voilà que la transe revient, si ça continue, ces objets vont faire corps avec son esprit et il quittera la réalité pour de bon!Heureusement il n'est plus très loin de la gare Nyugati. Une fois dans le train il sera tranquille, loin de cette ville et de ses dangers.

La gare ressemble à une grande maison accueillante flanquée de part et autre de bâtiments ressemblants à des églises. Il y a un tel mélange de genres dans cette ville en ce début du siècle, on y trouve aussi bien des styles byzantins, gothiques, que Grecs ou même Égyptiens. C'est bien le cas ici, on a l'impression de rentrer dans un temple grec, cherchant entre les colonnes la Circé chantée par Denys de Milet, empoisonneuse de roi et fille de la lune.

Curieusement il y a du monde sur les quais, à croire qu'une partie des habitants se sont donné rendez-vous là.

L'homme traverse les épais nuages de fumée que crache la locomotive, le train est imposant, sombre, brillant, décoré de filets d'or qui luisent tels des serpents de feu. Parmi les gens qui attendent sur le quai, une femme, à peine visible dans la fumée, le regarde passer, comme le ferait une araignée face à une mouche bien grasse. Elle a senti l'odeur du Dormeur sur lui.

Il est l'heure, minuit est passé depuis bien longtemps, bien trop longtemps. L'homme monte dans le train, qu'importe le wagon, qu'importe le compartiment, ils vont tous au même endroit.

Nulle part...

 

REVES MORTS - CODEX SOMNIIS - LeDormeurDuVol 2010

  Lire les 2 commentaires | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 07-12-2010 à 09h33

 La belle aux eaux dormantes. Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 
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Il était une fois la fille d'un roi et d'une reine dans un pays merveilleux et magique. La princesse Aurore était belle comme le jour et ses cheveux blonds avaient capturé toute la lumière d'un soleil d'été.

Oh oui, de par les sept mers et les sept royaumes, on n’avait pas vu une aussi belle princesse.

Le roi et la reine étaient si fiers de la blanche peau, de lait et de miel, ses yeux, amandes teintées de saphir, de sa bouche de cerises mures qui formait un doux cœur prompt à faire fondre de beaux prétendants. Car ceux qui voudraient la prendre en épousailles sont bien nombreux et galants.

Souvent une missive arrive au palais, c'est nombre d'invitations: qui un souper, qui une fête, ou un voyage à l'étranger. Alors on part en calèche, avec le petit Prince à ses cotés, sur les routes bordées d'arbres où poussent fruits acidulés. C'est une vie bien agréable de visiter villages et châteaux, de voir foires et fait d'armes de chevaliers bien orgueilleux.

Le carrosse va vite et ses roues marquent profondément la route en ce soir où la nuit douce voit s'envoler les lucioles. C'est à flanc de montagne qu'une rivière longe que le dragon est apparu.

De ses deux yeux immenses, de son souffle bruyant, il occupait toute la route et brassait tellement de vent que les chevaux effrayés ont fait un écart, et le carrosse a basculé parmi les roseaux, les nénuphars et les chants des poules d'eau.

Le petit Prince s'est envolé dans une explosion d'étoiles qui retombent en cascade sur les jolis cheveux blonds. Aurore dort au milieu des eaux calmes, portée par des amis poissons.
L'eau est douce, chaude et épaisse, et forme un berceau accueillant à celle que tout le monde trouve belle. Parfois des oiseaux aux plumes rouges, viennent voler devant ses yeux, ce n’est assurément rien de mal que cette rencontre avec le dragon.
D'ailleurs les chevaliers en blanc surcot, templiers aux rouges croix, et archers forts serviables, toute l'armée du roi à vite fait de ramener Aurore au château.

Mais quelle est donc cette langueur qui fait pâlir la joue, poser une ombre à ses yeux ? Voilà que la jeune princesse, d'un sommeil mystérieux, se voit ensorcelée.
Et tous les alchimistes, et fabricants de baumes, de venir essayer de lui ouvrir les yeux.

"Qu'importe s'il faut oindre, s'il faut des fumigations, je veux que ma fille cesse d'être victime de cette malédiction!" Le roi a parlé de sa terrible voix, et tout le royaume se met en quête d'un remède, d'un rebouteux ou d'une étrange potion.

En désespoir de cause, on fait venir les fées d'un royaume voisin. Elles sont sept, comme les pétales de la rose, sept comme les astres et leurs métaux, qui viennent sauver celle qui dans le royaume, à mots couverts, on nomme, "La princesse à la pâle figure", "La rêveuse des roseaux".

Chacune s'occupa de ce qu'elle savait faire, et leur savoir fut bien utilisé. L'une, de ses mains, se chargeait de son visage, massant, appliquant savantes essences censées la réveiller. Une autre de ses jambes, ses pieds, par des manipulations, appareils étranges qui pourraient la chatouiller. Et la troisième qui par des huiles fumées, vapeurs magiques respirées, pensait pouvoir la faire sortir des songes où elle est tombée.

Jusqu'à la dernière, de prévenir "Nous ne pourrons pas la réveiller, seul nous pouvons empêcher qu'elle se change en pierre froide pour l'éternité. Et plantant l'aiguille d'un fuseau dans le jeune corps blanc, elle promit un calme sommeil de cent ans.

On installa la princesse dans la plus belle chambre, embaumée par les lys et les gypsophiles, entremêlées de liserons des champs. Chaque matin un oiseau venait se poser sur sa main et chaque soir le roi maudissait le dragon qui avait fait disparaitre le petit Prince et ensorcelé sa fille.

Le temps passa et les royaumes passèrent, roi et reine furent oubliés. L'oiseau venait toujours, de même que les fées, pour constater que le songe ne s'était pas arrêté.

L'oiseau avait toujours le même chant, obsédant et rythmé, comme un coeur qui bat. Du fond de son sommeil Aurore l'entendait parfois, de même que des voix feutrées par l'oubli.

Un jour l'oiseau sembla se changer en prince, car une voix douce murmura à son oreille "Qu'elle est belle".

C'est un jour une main qui caresse le front, puis des doigts qui plongent dans ses cheveux. Son sein blanc qui fascine, le velours de sa cuisse. Chaque jour l'oiseau vient prendre corps humain. Aurore le sait, le sent, même si c'est loin, même si c'est imperceptible, un prince est là, venu pour la sauver...

Du fond de ses songes si lointains, petit à petit, cette douceur réveille Aurore qui revient de son si long exil dans le néant.

Cent ans… elle ne sait pas pourquoi mais elle sait qu’elle a dormi longtemps, si longtemps. Sous ses paupières fermées, obstinément closes à l’univers extérieur, elle entrevoit des images qui traversent son esprit. Des choses qu’elle ne voudrait pas voir, ne pas savoir… Le dragon hurlant, ses grondements, ses yeux jaunes lumineux qui foncent sur eux… Elle retombe dans l’ombre et le silence. Juste, quelquefois, cette impression d’une tendre présence.

Cheveux blonds emmêlés, collés au front, Aurore frôle encore les bords de l’au-delà. Elle s’agite, les tubulures blessent sa peau devenue diaphane. Des cris, des hurlements, du verre brisé, de la tôle froissée… Elle replonge dans l’eau sombre de l’étang et de son inconscience.

Elle rêve… Elle rêve…

Elle rêve d’un Prince, de quelqu’un qui viendrait la chercher, qui la prendrait par la main et l’aiderait à remonter du fond noir et glacial du lac. Une chaleur au bout de ses doigts. On caresse sa main, la tient serrée. C’est différent de ce qu’elle ressent parfois, quand on la bouge, qu’on la retourne, qu’on la lave, elle repart alors dans son néant même avant la fin. Là… là, on est là. Juste pour elle. Pour la ramener de là-bas. Pour l’aider, la sauver. Des sirènes, des éclats aveuglants, des éclairs rouges… Ses yeux la brûlent, elle a mal, si mal, elle s’entend hurler… La nuit l’engloutit à nouveau.

De la lumière filtre sous les paupières. De la pénombre en réalité mais ses yeux qui n’ont pas vu depuis si longtemps en sont blessés et se referment instinctivement. Une drôle d’odeur, un peu aigre… les parfums des fées de son rêve… Encens qui piquent la gorge. Ses yeux se rouvrent sur les murs clairs et lisses. Elle n’est pas dans un château. Le chant obsédant de l’oiseau qui est toujours là. Un oiseau qui ne dort jamais. Lui...

Elle n’est pas seule, elle le sent. Son prince est là. Une main tiède est en ce moment posée à l’intérieur de sa cuisse et remonte doucement entre ses jambes avant de redescendre au genou. Elle entrevoit les cheveux bruns, courts, de quelqu’un qui lui tourne le dos. Une mélopée, si douce, une berceuse… Elle voit un tatouage, un oiseau, sur la nuque. Son prince chante pour elle. Aurore s’apaise, se rendort.

De la lumière vive cette fois. Elle sent de la chaleur sur son visage. Le soleil… elle sent le soleil. On s’agite autour d’elle, elle entend des voix, des indications, un peu plus de quelque chose, un peu moins d’autres choses. Elle voudrait dire aux Fées que ça y est, qu’elle est remontée de l’étang, qu’elle…

Les souvenirs s’engouffrent dans son esprit comme un torrent furieux. Elle revoit la route, le camion hurlant, la voiture qui bascule dans le ravin, l’eau qui envahit tout, la main de l’enfant qui se tend… Qui s’échappe… Mon enfant ! Rendez-moi mon fils ! Elle entend un hurlement inhumain qui rebondit sur les murs nus avant qu’une aiguille miséricordieuse ne lui rende la nuit qu’elle n’aurait pas dû quitter.

Un silence cotonneux. Une nuit neuroleptique en apesanteur. L’odeur des médicaments. Ses yeux qui se posent sur le chant incessant de l’oiseau captif, le battement de son cœur qui refuse de se taire sur l’écran du monitoring.

Ne reste de la magnifique Princesse Aurore qu’une gisante épuisée, amaigrie, sur un lit d’hôpital, qui s’est battue du fond de son inconscience pour vivre et dont les yeux pleins de larmes ne peuvent plus oublier pourquoi elle aurait voulu mourir.

La porte s’ouvre doucement. Cette nuit encore il vient la voir. Dans la profondeur du sommeil de l’hôpital, il se glisse dans sa chambre et s’assoit pour la regarder. Le prince à l'oiseau. Quelques minutes, quelques heures, elle ne sait pas.
Comme un rituel immuable, il se lève, va chercher un peu d’eau tiède, du savon, une serviette et minutieusement, il dénude petit à petit la femme immobile et il la lave, la sèche comme on le ferait pour un enfant. Jusqu’alors Aurore s’endormait, comme rassurée.

Mais quelque chose change. La conscience revient. Ses yeux se ferment mais elle ne dort pas. Elle sent les mains qui remplacent le linge. Les doigts qui s’attardent sur ses seins, qui descendent sur son ventre et se glissent entre ses cuisses. Pour la première fois, elle s’aperçoit qu’il s’immisce en elle. Ce n’est pas… Il ne devrait pas… Elle manque d’air, elle ne peut pas crier, elle n’a plus de voix et sous l’effet du choc ses yeux s’ouvrent pour voir l’homme qui est à côté de son lit en train de se caresser… Elle s’évanouit.

Aurore est en train de tomber dans un gouffre plus profond encore que celui dont elle s’est extirpée. En cauchemar un oiseau géant l'attrape dans ses serres, s'enflamme, se consume, pour renaitre encore et encore chaque nuit. Un terrible phoenix aux yeux jaunes, comme ceux d'un camion fou.

Nuit après nuit, l’homme revient. Toujours le même rituel, la toilette, les caresses. Elle n’a pas retrouvé la parole. La journée elle s’agite, elle voudrait communiquer, raconter. Cela n’a pour effet que de faire augmenter la dose de calmants qui la rendent encore plus prisonnière de ce corps qu’il manipule sa guise.

Il s’est rendu compte qu’elle avait repris conscience. D’une voix douce, toutes les nuits, il lui parle. Il lui raconte sa vie et Aurore voudrait crier, partir en courant, le tuer, mourir peut-être. Tout ça à la fois. Tout sauf l’écouter lui raconter comment cette nuit-là, il a foncé sur leur voiture avec un camion volé pour écraser volontairement leur petite vie familiale. Comment il était heureux de voir qu’il ne l’avait totalement tuée. Cela ne marche pas toujours, il y a souvent des ratés, mais avec les nouvelles voitures, il y a davantage de blessés. Comment il l’a repêchée en priorité, laissant mourir au fond de l’eau son mari et son petit garçon. Il l’avait vu au restaurant, il l’avait trouvé belle, tellement belle… Tellement sienne!

Et tout en elle hurle, se bat, tente d’empêcher la folie de la gagner. Le jour elle se dit qu’elle a rêvé. Et malgré elle, la nuit revient. L’homme aussi, revient toutes les nuits. Il lui dit comme il l’aime ainsi, si douce, si calme, si offerte. "Les femmes devraient toujours être ainsi n’est-ce pas mon ange ?"

Les caresses insanes, les confidences de sang dites d’une voix si douce… Aurore tombe, Aurore sombre dans une tombe…

Ce matin, elle a parlé. Enfin, c’est juste un balbutiement, à peine un croassement presque inaudible mais c’est le signe que son corps recommence à lui obéir un peu. Si peu, mais du fond de son esprit noyé de peine et de terreur, un espoir irraisonné remonte. Elle va pouvoir raconter ce qui se passe et tout va s’arrêter. L’ombre maléfique va cesser de venir, de la torturer, de lui voler ce qui reste de sa vie.

Cette nuit-là, il est encore revenu. Toilette, caresses… Un minuscule gémissement est sorti des lèvres d’Aurore quand encore une fois il s’est aventuré en elle. Il a eu un mouvement de recul et pour la première fois, il l’a regardé dans les yeux. Dans la pénombre, deux lacs d’onyx sombre se sont plongés dans les yeux bleus d’Aurore et c’est là qu’elle a compris.

Il s’est éloigné et elle a entendu l’eau couler dans la salle de bain. Il est revenu et lentement, avec précaution, il a retiré du corps allongé toutes les aiguilles qui la transperçaient et la reliait aux tubulures, aux machines, aux médicaments qui l’avaient maintenue en vie jusqu’alors.
Soudain, l’oiseau ne chante plus, le monitoring ne rythme plus la vie d’Aurore.

Elle se sent soulevée dans des bras chauds et puissants tandis qu’une voix douce murmure à son oreille: "Pourquoi ne pouvez-vous pas vous taire éternellement ? Pourquoi ?". Tant de peine dans cette voix, tant de regret… Aurore qui commence à manquer d’air sans le respirateur entre dans l’ombre de la salle de bain, portée par le Prince qui vivait dans ses rêves.

L’eau tiède enveloppe à nouveau son corps, comme dans ses souvenirs, comme dans le lac tandis qu’elle s’enfonce sans pouvoir lutter dans la baignoire. Une main appuie sur sa tête et la maintien sous l’eau. Elle ne peut pas résister. Elle ne veut pas non plus. Son dernier regard, au travers du liquide, est pour l’homme qui est en train de la tuer, comme il a tué son mari et son enfant. L'homme au phoenix tatoué sur la nuque...

L'oiseau se détache, comme une pelure de pomme, il décolle, plat comme une feuille au vent, il se cogne aux murs qui se fissurent, qui s'écroulent, dehors le ciel est bleu, il va l'emmener là-bas, au pays enchanté, elle est de retour... de retour...

Quelques bulles d’air puis plus rien. Une larme coule sur la joue de l’homme agenouillé. Juste une larme pour sa princesse noyée.
Elle tombe dans l'eau dormante, petite goutte salée dans une mer apaisée.

Il s’essuie sommairement et disparait dans la nuit. Bientôt… Bientôt, à nouveau, il lui faudra une autre belle.

Une autre belle aux eaux dormantes. Une très sage poupée...

Nuitsdinsomnie et LeDormeurDuVol (Contes pour enfants gothiques - 2010)

 

(Musique: Marilyn Manson - Sweet Dreams)

  Lire le commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 20-06-2010 à 16h45

 La Rose et le Piano Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

L'homme était sur scène, tout habillé de noir, nimbé de lumière qui le rendait si grave.

Assis au piano de bois laqué brillant, il était beau, grand, si concentré. On pouvait sentir en lui mille et un tourments qui lui donnaient un air si romantique. Moi au premier rang, je me sentait comme faisant partie d'un tout, d'une salle plongée dans le noir, toussotante ou chuchotante, je sentais les respirations rythmées par la mienne, les coeurs qui battent, à l'unisson.

Soudain ces grandes mains se soulèvent, ses doigts effleurent les touches d'épicéa recouvertes d'ébène et d'ivoire.

Le silence se fait total, presque angoissant.

Et tous les tourments s'en vont, avec les premières notes du Prélude de Rachmaninov en Do dièse mineur.

Le pianiste est beau, on le sent vivre chaque note, ses doigts courent sur les touches comme des pattes d'oiseau. Il ferme les yeux et j'ai l'impression que c'est de plaisir, mes mains sur son torse, ma bouche lui offrant tout le plaisir que je peux lui donner. Je suis jalouse de ce piano que ses mains fortes caressent, de ses doigts agiles qui enfoncent diatoniques et chromatiques dans une harmonie de notes qui s'élèvent.

Parfois ses lèvres se rejoignent, il forme un baiser de la bouche, comme pour susurrer à son piano de bien garder le rythme, de ne pas s'affoler, de jouir avec lui. Car on sent dans les envolées, à son front qui se perle, à son souffle rapide, comme un plaisir qui monte, une folle déferlante de notes basses qui viennent frapper mes reins et creuser délicieusement mon ventre. Je me sens faire les mêmes mouvements avec mon bassin que lui avec sa tête, comme une communion, comme un coït à trois.

Et ses doigts qui vont vite, comme par une vie interne, indépendants de lui, font encore monter un enchevêtrement de notes, qui coule en cascade et mouille corps et âme. C'est le plus beau moment, de ce doux prélude, comme un préliminaire, invitant à l'amour. C'est le bruit d'un miroir qui se casse, des notes qui rebondissent et fondent en petite pluie. Je serre un peu les cuisses, j'ai les joues un peu rouges, et mes yeux, brillent un peu plus dans la nuit.

L'homme est essoufflé, comme en transe, il termine, il achève, il abat, solennellement les dernières notes. Comme un reproche, un regret, ses doigts qui se font griffes, s'élèvent encore une fois et retombent sur le Do.

Et pendant que le piano résonne, comme un chat qui ronronne, l'homme se lève, et pour bien faire comprendre que c'était son dernier concert, incline la tête et lance un adieu...

Il est déjà parti, et la foule se lève, je lance alors la rose que j'ai achetée pour lui, cette rose, c'est la mienne, celle que je voulais lui donner, comme une offrande, au seul homme, que j'ai jamais aimé.

La rose est restée, personne n'est venu la prendre, et elle est toujours là, sous la poussière tombée.

Le vieux piano résonne, encore de ce Do dièse, mais mon coeur ne bat plus de cet amour fané.



(Copyright Ledormeurduvol 2010)

 

(Musique: Rachmaninoff Opus 3 Numero 2)

  Lire le commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 20-06-2010 à 15h53

 Rencontre avec la peur (1) Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

 

 

(Première partie)

Depuis sa descente du train, la jeune fille a conquis une bonne partie de la ville, non pas qu'elle soit vraiment jolie, mais elle plait aux hommes, elle sait comment leur parler, se mettre en valeur, les emmener pile au niveau d'ébullition puis stopper net le jeu prétextant qu'elle n'est pas une "fille facile", faisant miroiter des soirées à venir et la possibilité d'aller plus loin.. peut-être après un bon restaurant, un spectacle de casino, un cadeau particulièrement acceptable.. bref c'est avant tout une allumeuse qui aime tendre des toiles et piéger les hommes, et comme une petite araignée qui vit à Madagascar, elle est piquante, le coeur chitiné d'une jolie cuirasse, et sait très bien tisser ses fils et dévorer ses proies...

Elle pose le fin verre de cristal sur la table basse, gardant dans la bouche un instant la gorgée de cherry pour s'imprégner du goût sirupeux, elle ferme un peu les yeux l'air concentrée, et penche légèrement la tête. C'est une attitude reflexe, elle donne l'impression d'écouter attentivement les paroles de l'inconnu, de boire littéralement ses mots. D'instinct elle sait faire ça, séduire à tout prix. Le cherry lui chauffe la gorge alors qu'elle est loin des paroles de l'homme, en fait elle pense, elle s'évade, son esprit trop jeune, trop futile, incapable de se concentrer, lui envoi des images de la mémoire cognitive, comme dans un demi sommeil...

Le bar, où elle l'a rencontré, il est tenu par des amies lesbiennes, c'est un endroit où les femmes sont moins embêtées par le matelot ou le soldat en goguette. Elle est au comptoir, sur un grand siège de bar, elle sirote un milk shake à la fraise, un peu de sirop vermillon coule mollement du verre sur ses doigts fins, il a la couleur du sang.
L'homme est debout, de l'autre coté de la rue, les voitures qui passent floutent son image comme les pales d'un immense ventilateur. Elle porte ses doigts à ses lèvres, sa langue recueillant le sirop.
L'homme est devant le bar. Il est grand, le contre jour dilue son visage comme une goutte d'encre tombée dans l'eau. De sa main elle secoue ses grosses boucles noires, elle sait que c'est son principal atout, cette chevelure de jais, brillante comme le mica.
L'homme est debout devant elle. Son visage est... mais qu'importe son visage, ils ont tous le même....

L'important ce sont les yeux, ses yeux. Elle aime voir le désir, l'envie, le besoin, en eux. Y trouver le regard du lion devant l'antilope, ce regard qui gèle le sang et crispe le ventre. Le regard du tueur face à sa proie. Ses yeux sont verts, avec des paillettes d'or dansantes, elles se changent en flammes alors qu'elle se perd dans son regard. Elle le voit se coller tout contre elle en écartant ses genoux de ses mains fortes. Se pencher à son oreille et sentir son souffle chaud dans le cou alors qu'elle ferme les yeux pour l'entendre dire en chuchotant d'une voix un peu rauque "Je vais te dévorer, boire ta chatte, et me nourrir de toi...".

Puis, elle le voit faire glisser sa robe fuseau le long de ses cuisses pour découvrir ses bas et son absence de culotte. Descendre doucement, lentement, sans la quitter des yeux.... Entrouvrir sa bouche pour en faire sortir une langue pointue, effilée comme une dague, qui bouge et se tord comme un serpent jeté sur les braises... Elle sent cette langue vivante se vautrer en ses chairs, fouiller son intimité, se faire râpeuse sur son clitoris qui gonfle.....

L'homme est près du juke box, il glisse sa pièce et enfonce deux touches, puis revient boire son bourbon que la serveuse vient de lui servir. La voix des Andrews Sisters nappe alors le bar, des mots s'élèvent

"Little man walked up and down,
To find an eatin' place in town
."

Elle détourne la tête, l'esprit encore dégoulinant d'images érotiques.. Elle sent le rouge aux joues former chaleur, sa culotte se mouille de ses fantasmes, les éphémères virevoltent dans son ventre.

"He looked the menu thru and thru,
To see what a dollar bill might do
."

Ses yeux font semblant de s'intéresser aux deux femmes au fond de la salle qui se sont levées pour danser lascivement...

"One meat ball,
All he could get was one meat ball
."

Il lui a alors parlé, des mots qu'elle n'écoutait pas, comme elle n'écoute toujours pas ce qu'il lui dit en ce moment, elle sait juste que complètement sous son charme, l'araignée est devenue proie, soumise à ses yeux ouverts vers des mondes inconnus et qu'elle a laissé son milk shake pour le suivre dans un appartement inconnu.

Les filles se caressant les seins sous les paroles de

"Little man felt so very bad,
One meat ball is all he had
."



(Deuxième partie)

Son esprit trop jeune, trop futile, se balade, d'objet en objet ses yeux se posent, rêvant d'histoires interdites, de mystères Hindous, de rites Egyptiens... Ici un masque Africain piqué de centaines de clous aux formes approximatives, là un oeuf forgé de morceaux de nacre taillée, plus loin un kriss Malais à la lame ondulée, ou bien cette chatte empaillée portant dans sa gueule son petit, empaillé lui aussi. Nombreux sont les objets qui la font frissonner...

Elle secoue un peu la tête, essayant de retrouver son intérêt pour la conversation, ou du moins faire semblant. Il parle, de choses qu'elle ne comprend pas, ses grandes mains brassent l'air, il souligne ses phrases en apportant des effets de manches comme un avocat, il détourne l'attention ou bien la capture tel un magicien, il la fascine. Sa voix est ouatée, lointaine, elle ronronne dans sa tête comme dans un demi sommeil. Le cherry lui tourne la tête, ou il fait trop chaud, le visage de l'homme est toujours flou, elle ne voit que ses yeux, et ses dents, petites et pointues, comme celles d'un chat.
Qui est-il? D'où vient-il? Pourquoi l'a t'elle suivi? Il se penche vers elle, place sa main sous son menton, la soutien, elle est devenu lourde comme du plomb. Son visage s'approche d'elle dans un brouillard, un visage flou, avec juste deux grands yeux de chat. Puis, le plafond devient plancher, des torrents d'eau noire, chaude et douce, rentrent par les fenêtres et enveloppent son corps, elle se laisse prendre par les ténèbres...

"And in his dreams he can still hear that call
You get no bread with your one meat ball
."

La douleur d'abord.... Non pas vraiment une douleur, mais une gêne, on se réveille dans une position inconfortable, des fourmis dans les membres... On ouvre les yeux, mais on ne voit rien... La femme se demande si elle dort, si elle rêve. Mais il fait froid, vraiment froid... Et elle sent un peu de vent glacé sur sa peau, sur toute sa peau... Elle est nue... Cette gêne, cette sensation d'avoir du mal à respirer, c'est la corde, celle qui passe sous ses bras, sous ses seins, entre eux, ficelée comme un paquet cadeau par une corde épaisse qui lui mord la peau...

Les yeux s'ouvrent alors le plus possible, la bouche aussi, pour pousser un cri silencieux, les plus grandes peurs sont muettes. Elle se tort, veut s'échapper, remue en tous sens... Peine perdue, elle flotte dans le vide, dans l'obscurité, elle ne fait que peler son derme avec le chanvre.

Et le temps passe... son cerveau n'a pas encore complètement analysé la situation alors que ses yeux essayent de s'habituer à l'obscurité...

Il n'y a aucun bruit, juste celui de son souffle, et de temps en temps le craquement de la corde... Le silence devient intolérable, encore plus que les ténèbres... Elle hurle, des cris désespérés, des hurlements de bête, qui lui brulent la gorge et lui font mal aux oreilles... Elle hurle... encore et encore…

Et le temps passe... elle ne sent plus trop ses bras et ses jambes, engourdis. Après un long silence, elle parle... Elle LUI parle. Des centaines de pitié, de pardon, de pourquoi. Elle lui promet son argent, son corps, son âme. Mais personne ne réponds... Alors elle se parle à elle même... Et le temps passe...

Maintenant elle distingue certaines choses, l'ombre d'une porte en contre bas, l'ombre d'une pièce ronde, peut-être une tour, l'ombre d'ombres plus sombres encore... Elle imagine ce qu'elle ne voit pas et elle voit se qu'elle imagine... Elle tend les pieds pour toucher le vide. Elle estime qu'elle doit être à... un mètre ou deux du sol. Dans une tour ou un donjon. Accrochée à une poutre. Et qu'on va la laisser mourir de faim, de soif, et de froid... En tout cas elle l'espère! Plus que tout le reste de ce qu'elle pourrait imaginer. Alors elle ferme les yeux pour s'endormir, pour mourir... Et le temps n'en fini pas de passer...

Elle sort de sa torpeur en ouvrant grand la bouche, happe l'air comme un presque noyé qui sort sa tête de l'eau. Elle respire à grandes bouffées l'air moisi et humide. La peur vient de la rejoindre et devient sa compagne, son amie fidèle... Elle s'agite, remue dans tous les sens, gémit, grogne, insulte, et pleure... Et soudain se fixe......

La corde lui semble plus lâche, par ses mouvements elle a déplacé un noeud, ou l'a défait. C'est très léger, mais elle en est sûre, la corde se fait moins prison. Alors elle déplace son bras, se contorsionne, rentre son ventre. Elle tort son poignet, manque de se démettre une épaule, éloigne un coude de son corps pour étirer la corde. Elle se fait serpent, ondulante, acrobate nue à la peau rougie par le froid et le frottement.

Ca y est, un bras est libéré, et grâce à ce bras elle peut attraper l'un des noeuds au dessus de sa tête, se suspendre, dégager son autre bras. Elle doit faire attention, plusieurs noeuds ont été fait pour ne pas stopper sa circulation sanguine ou l'empêcher de respirer, elle doit dégager la boucle qui était autour de ses épaules, et qui maintenant s'est resserrée autour de son cou, sans lâcher la cordeprincipale et se trouver étranglée...

Elle transpire beaucoup malgré le froid, et cette sueur l'aide à faire glisser les cordes encore trop serrées. Petit à petit, elle se libère, mais elle s'épuise, l'adrénaline sature ses veines, rend son souffle court. Il ne reste plus qu'une boucle qui passe autour de sa taille et entre ses jambes lui meurtrissant la vulve. Elle n'est pas capable de tirer assez fort sur ses bras pour libérer le bas de son corps. Et ses forces s'affaiblissent, ses bras et ses mains se tétanisent à la garder accrochée au noeud principal. Elle essaye d'évaluer les risques, d'éviter de nouveaux pièges, si elle lâche la corde, elle va partir en arrière, faire une chute de un ou deux mètres, tomber sur la tête ou peut-être rester accrochée par les pieds si la boucle se resserre plus vite que sa chute.... Alors elle compte jusqu'a trois, prends une grande respiration, lâche la corde, et se protège la tête de ses mains et de ses avant bras...

Et elle heurte violemment le sol froid, une douleur très forte la transperce, elle est tombée sur son épaule droite et a entendu un craquement sinistre. Elle ne bouge plus, ne peut plus bouger, la douleur l'empêche de respirer. Elle pense qu'elle s'est cassé une cote en tombant car elle a du mal à respirer. Elle doit reprendre son souffle. Elle essaye de basculer sur le coté pour un peu récupérer, et surtout ôter des petites pierres et des clous qui ont pénétrés sa chair lors de sa chute. La corde qui devait être autour d'une poulie est tombée avec elle et recouvre ses jambes. Elle cherche de la main autour d'elle, caresse le sol du bout des doigts. Elle ne trouve d'abord que de la poussière et des débris quelconques, puis en tendant un peu plus son bras, elle touche une flaque d'eau et porte ses doigts à sa bouche pour tenter de se désaltérer. Elle commence à s'habituer à la douleur sur son coté droit, si elle s'empêche de respirer à fond...

En essayant de se relever, elle se rend compte qu'elle s'est fait très mal à une cheville, ce n'est pas cassé, mais suffisamment douloureux pour l'empêcher de se mettre debout, alors elle marche à quatre pattes, nue, sale, blessée. Elle redevient animal, fouillant des ongles l'espace qui devient son nouveau territoire. Les murs sont en effet ronds et les pierres anciennes, le sol irrégulier fait de gros pavés. Elle trouve enfoncé dans le mur un gros anneau, et elle imagine des prisonniers attachés à celui ci. Contre le mur elle trouve un morceau de toile épaisse, un reste de sac de jute ou équivalent, avec lequel elle se couvre les épaules, indifférente aux insectes qui cavalent sur son corps.

Elle décide d'explorer la pièce, mais par sécurité, ramasse la corde et l'enroule autour d'elle, puis fixe l'autre extrémité à l'anneau sur le mur. Cette corde qui était son instrument de torture devient son fil d'Ariane.
Gardant une main sur le mur, elle fait le tour de la pièce en tâtonnant, et soudain bute sur quelque chose qui la fait hurler, elle vient de manquer de tomber sur quelque chose de mou, assez grand, sous une couverture, sans aucun doute un corps! Elle n'est pas la première à avoir été enfermée là, c'est sur, et voilà comment elle aurait du finir! La peur panique revient et elle s'éloigne du mur allant vers le centre de la pièce, et sent soudain le vide sous ses membres, la moitié de son corps bascule dans le vide, et heureusement la corde lui sauve la vie. Elle griffe le sol de ses doigts, cassant ses ongles, se raccrochant comme elle le peut, et arrive à se hisser pour sortir du vide. Il y a un trou très large au centre de la pièce, et elle n'a pas du tout envie de savoir ce qu'il y a au fond, ni sa profondeur! Mais ça explique la présence de l'anneau au mur, et de la poulie au plafond, on devait se servir d'eux pour descendre quelque chose dans le puits.

Encore une fois, elle essaye de reprendre son souffle, elle n'a plus mal, son corps est saturé de substances qui lui permettent de tout affronter... Tout, mais pas le gémissement qui s'élève du corps à coté d'elle, une longue plainte qui glace les sangs. Elle réalise alors que la personne n'est pas morte, qu'il y a un nouvel espoir, à deux on est plus fortes!

"Bonjour Sucrerie! Content de voir que tu es éveillée!" la voix déchire le silence que seuls les gémissements avaient égratigné, elle vient de plus haut, d'une sorte de balcon ou d'ouverture.

"Alors Elizabeth? Tu as réussi a te libérer je vois, je ne pensais pas que tu aurais la force, tu me vois étonné. Généralement mes sucreries m'implorent de leur donner le baiser froid de ma lame, comme une bénédiction, comme un ultime..."

"Espèce de pourriture!!! Tu te prends pour qui? Espèce de salaud! On m'a vu partir avec toi, on le dira aux flics!"

"Pauvre petite boule de viande sans cervelle... Tu crois vraiment ce que tu dis? A l'avenir, évite de me couper la parole, je ne pense pas que tu sois en position de me résister... Personne, je dis bien personne ne sais que tu es là, et qui je suis..."

La forme sous la couverture gémit encore, et se met à bouger, semblant se réveiller d'un sommeil pénible. Elizabeth se sert contre elle, la protégeant, et cherchant à trouver un peu d'humanité face à cette voix qui s'élève de nulle part.

"Ohhh ma sucrerie! Je vois que tu te fais un ami? C'est un petit cadeau que je t'ai fais, pour que tu te sentes moins seule..."

A ces mots, Elizabeth se rend compte qu'elle avait pensé à tort que la forme était une femme. Cette forme essaye mollement de se dégager de la couverture en grognant. Quand la couverture tombe enfin, la jeune femme essaye de distinguer dans le noir le visage de cet homme qui a l'air de souffrir. Elle touche son visage et sent un liquide poisseux. Il a une barbe courte, ses cheveux sont collés sur son visage. Elle se rapproche pour distinguer ses traits, et réalise avec horreur que ses paupières ont été cousues... Elle hurle d'effroi alors que l'homme aveugle tend les mains vers elle...

"Il te fait peur Liz? Tu peux avoir peur! Je te présente Georg Danke, il a fait un long trajet pour te rencontrer... Je lui ai ôté la vue pour que le jeu soit plus drôle, mais il a une ouïe remarquable! Toi qui est une dévoreuse d'hommes, tu va savoir ce que c'est, à ton tour, d'être dévorée... Je te présente "l'Ogre de l'Utah", ce charmant monsieur qui t'accompagne est cannibale, et a déjà tué 12 personnes! Et je peux te dire que c'est un vrai gourmet!!!!"

La peur à nouveau cisaille le ventre de la femme qui place sa main collante de sang sur sa bouche pour s'empêcher de hurler... Elle recule alors que l'homme, qui sort peu à peu de la léthargie causée par des tranquillisants, lance ses bras dans tous les sens avec violence... Sa bouche à moitié édentée se tord et vocifère, ce sont des cris de fous qui emplissent la tour.

Elle donne des coups de pieds, essaye de le repousser, cherche dans la poussière la moindre arme qui pourrait l'empêcher de la toucher. Mais c'est l'homme qui en trouve une, un long couteau qui brille dans les ténèbres. Elle se rend compte alors que si elle avait eu l'idée de fouiller la couverture pendant qu'il était endormi, c'est elle qui aurait le couteau! Elle se met à hurler de peur et son cri révèle sa position. Le visage de l'homme, déformé par la rage, se tourne instantanément vers elle... Il sait où frapper et d'un coup de lame lui entaille les joues de gauche à droite, transformant son cri en rictus sinistre.

Sous l'effet de la douleur elle recule. Le sang chaud lui inonde la bouche, elle s'étrangle avec. Elle panique, sent ses tempes battre et une chaleur l'envahir, il ne faut pas qu'elle s'évanouisse, surtout pas! Elle recule encore et sent le puits juste à coté d'elle... Fuir... Il y a forcement une solution... Tout plutôt que de se faire attraper par cette... chose...
Alors elle s'assoie sur le bord du puits, les pieds dans le vide, elle prend une grande respiration, son flanc la fait souffrir, le sang coule sur ses seins. Elle entend l'homme dans son dos qui s'approche, la cherche... Elle se lance dans le vide.

Sa chute est immédiatement arrêtée par la corde nouée autour de sa taille. Elle souffre encore plus de sa ou de ses cotes cassées, son souffle se fait court, sifflant. Et soudain... Elle sent qu'elle remonte, qu'on la hisse petit à petit vers le haut, c'est l'homme, il a trouvé la corde, il s'en sert comme le ferait un pécheur, il a si faim...

Alors de ses doigts meurtries, de ses ongles cassés, elle tire sur la corde, essaye de dénouer le noeud qu'elle a fait, elle s'empresse, panique. Elle sent les pierres du puits dans son dos la griffer, elle sent le souffle de l'homme, sa salive qui coule sur ses cheveux, elle sent le regard de celui qui scrute les ténèbres pour la voir paniquer, celui qu'elle a voulu séduire, celui qu'elle n'aurait jamais du rencontrer...

Et le noeud cède enfin! Elle s'enfonce dans le néant, en silence, sans un bruit......

Juste celui, quelques mètres plus bas, de la lame de faux placée en travers du puits qui vient de la couper en deux...

L'homme fini son verre de cherry et le jette dans la pièce en contre bas. Il a tout vu, ses yeux perçant la nuit comme ceux des chats. Le cannibale en contrebas redresse la tête et se met à pleurer comme un enfant.

"Shorter than short!" plaisante l'homme en regardant le puits, et il s'adresse au fou en contrebas "Désolé Georg, même avec ton dollar, tu n'as pas eu ta boule de viande! Une prochaine fois peut-être?"

Et l'homme disparait dans l'obscurité en sifflotant joyeusement un air des Andrews Sisters...

Le lendemain, le soleil du 15 Janvier 1947 se lève sur les restes mutilés d'une jeune fille de vingt-deux ans...

 

Très librement inspiré de l'affaire du Dahlia Noir...


(Copyright Ledormeurduvol 2008)

 

(Musique: The Andrews Sisters "One Meat Ball")

  Lire les 3 commentaires | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 04-08-2009 à 10h06

 Vie et Mort d'un Rodeur... Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

Un jour... je poserai mon porte-plume, fermerais mes bouteilles d'Encre à dessin Rohrers bistre et sépia, rangerais dans la boite de laque rouge Chinoise mes fusains, craies sanguines, pinceaux Japonais de bambous, estompes et gommes mie de pain que j'ai façonné en formes de crânes. Je rangerais délicatement dans ma sacoche de médecin de campagne en croûte de porc ma boite d'aquarelles Italiennes, les tubes de Tempera à l'oeuf Daler Rowney, les médiums, les bouteilles de siccatif, térébenthine, l'éther qui m'enivre et calme mes modèles quand je deviens Fragonard sculpteur de chairs; mais aussi les petites fioles de vernis à craqueler, à retoucher, patine, poudre d'or et de bronze, et celle de sang séché. Dans l'étui de cuir noir qui sent le moisi aux chiffres "1888" dorés à moitié effacés, je replacerais mes "outils", le scalpel brillant, le long couteau à cartilages, la pince à disséquer, le marteau à crochet, la scie à os, le périostotome, le costotome, le ciseau burin, le rachitome de Mussat, quelques rugines à 5 tranchants...

Je caresserais doucement les têtes de Angelo le blanc et de Buono le noir, mes deux chats angoras, mes fidèles amis depuis de si longues années, en regrettant quand même de n'avoir pas eu le temps de remplacer l'oeil de Bueno qui en tombant à roulé sous l'armoire. Je rangerais dans leurs pochettes jaunies mes 78 tours d'opéras, et dans leurs boites les cylindres de cire pour mon phono-Lyre Puck de marque Carette de 1910. Combien de fois ai-je écouté "Un bel dì, vedremo" de Madame Butterfly gravé en 1906 dans la cire conservatrice? Et également Faust, La Nonne sanglante, Pia de' Tolomei, ou le Persée de Lully aux mots que j'aime tant entendre:

"Je porte l’épouvante et la mort en tous lieux;
Tout se change en rocher à mon aspect horrible;"

Qui me font songer au logogriphe de Joséphine Audra que j'ai punaisé sous le tableau de Hébert Ernest Antoine Auguste "Ophélie":

"Ami lecteur si tu me décomposes
Voici mes quatre métamorphoses.
Je fais voler sur les eaux
D'immenses bâtiments et de frêles bateaux.
Tu ne peux sur ta table
Supporter mon goût détestable.
Enfant de la fureur
Je porte en cent pays la mort et la terreur.
Enfin, je suis un amas d'eaux fangeuses
Où le chasseur souvent fait des prises heureuses."

Mais en parlant de tableaux, d'Ophélie, il faudra aussi que je désencadre ma reproduction de Paul Delaroche, et aussi le tableau de Ligeia, le suicide d'Edouard Manet, et les autres tableaux que j'aime: Paul Delvaux, Edvard Munch, Klimt, Henner, Madeleine Scellier, Michèle Grosjean, Gottfried Helnwein, photos de Aziz & Cucher, de Joel-Peter Witkin, ma gravure de Bérénice, celles de Mucha, de Hans Bellmer, les dessins d'autopsies de Sir John Westling, que je roule dans du coton le masque mortuaire de "l'inconnue de la Seine" repêchée en 1880 au sourire serein et énigmatique figé par la froideur de l'eau et de la mort, ma miniature d'une tête de Moaï, les sculptures de Giger, mon morceau de roche de couleur tombé du ciel, la poupée vaudou en bois lardée de piques et remplie des fèces de mon ennemi, la figurine d'un dieu païen à tête de poulpe, le godmiché d'ivoire qui grâce à un savant mécanisme fait jaillir des lames de rasoirs, ayant soit disant appartenu au divin marquis, le crâne de Lovecraft ou en tout cas vendu comme tel (le vendeur Chinois m'avait proposé le même jour le crâne de Lovecraft mais enfant pour moins cher)...

Il faudra aussi emballer ma vieille machine à écrire trouvé dans un commissariat de Raccoon sur laquelle j'ai sauvegardé tellement d'aventures imaginaires, mon amulette Tibétaine, mon cube orné sur toutes ses faces de dessins et symboles inconnus dorés, mon praxinoscope ou "lanterne magique" de bordel et son film muet sautillant montrant sur le mur fissuré de ma cuisine la danse orientale d'une prétendue ghaziya obèse faisant sa danse du ventre sans savoir qu'elle est morte depuis 2 siècles...

Je coucherais aussi dans les "chips" de polystyrène mon carcan de tête garni de pointes à l'intérieur que mon père m'a offert pour un anniversaire, mes bouteilles d'un excellent Chianti qui vont si bien avec un plat de foie aux fèves, les bocaux remplies de liquide jaunâtres qui laisse à peine voir des organes nécrosés et des foetus de porcs à 3 yeux ou 5 pattes, ma collection de dents d'enfants achetée à un dentiste de Boston deux jours avant qu'il ne se suicide en buvant du lait de chaux coupé au nitrate d'argent.

Je devrais aussi trouver un endroit pour préserver mes précieux ouvrages et mon savoir acquis, car un homme qui meurt c'est une bibliothèque qui brûle... Je léguerais donc mes éditions originales de E. Allan Poe, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Maupassant, Wordsworth, Lewis, Sade, Casanova, Oscar Wilde, Robert E. Howard, H.P. Lovecraft, Mary Shelley, Lord Percy, Abraham Merritt, Graham Masterton, William H. Hodgson, Robert Bloch, Théodore Sturgeon, J.H. Rosny âiné, Claude Seignolle, Bram Stoker, Jean Ray, Frank Belknap Long, Dennis Wheatley, sans oublier Jules Verne, H.G. Wells ou Sir Arthur Conan Doyle.... Et tellement d'autres!!

Je devrais aussi me débarrasser de mes nombreux films, allant du Nosferatu de Murnau au Silent Hill de Gans, en passant par tous les films de Tod Browning, de Ed Wood, ou de Tibor Takacs, tous les Hellraisers, Helm Street, Saw, Ring, Eyes, Hammer, et autres films d'ultra-violence que je regarde d'un oeil amusé en sirotant mon moloko synthemesc...

Puis, je pousserais la lourde maie qui recouvre la trappe... Je l'ouvrirais en tirant la poignée rouillée, je serais sans doute surpris par l'odeur de moisi qui viendra agresser mes narines. Je descendrais alors les marches de pierres en m'éclairant d'une bougie de suif qui vacillera à cause de la saturation de gaz carbonique, je descendrais, je descendrais, écrasant de temps en temps une épeire ou un cloporte... J'arriverais à la lourde porte de l'occultum, j'ôterais alors tous mes vêtements, avant d'ouvrir la porte et de la refermer derrière moi... Dans la grande pièce parfaitement ronde où j'ai décroché le pendule et bouché le puits, je sentirais la morsure du froid sur tout mon être, je poserais alors la bougie sur le sol poussiéreux encore taché du sang de Liz, elle n'arrivera à éclairer que les deux premiers mètres autour de moi. Je prendrais alors le gros sac de toile de jute que j'avais laissé là en prévision, j'en sortirais les briques et la bombe de ciment instantané... Et maladroitement, dans le peu de lumière qui vacille, les doigts gourds, je poserais chaque brique pour obstruer l'ouverture de la porte, rendant l'occultum plus occulte que jamais, lui rendant ses vraies racines grecques "crypte"...

L'air saturé de gaz commencera à m'enivrer, le froid à m'engourdir, je m'allongerais alors sur le sol, déplaçant la poussière, révélant les nombreuses traces d'ongles qui ont jadis griffé la pierre... La bougie s'éteindra, comme quand, enfant, ma mère arrêtait ma veilleuse avant de m'embrasser sur le front...

"Dors mon petit, maman est là..."

"Maman? Ne me laisse pas maman... J'ai froid... Maman?.."

"Maman?... Tu es là?..."

"Maman?"

...

..

.

 

 

(Copyright Ledormeurduvol 2008)

  Lire les 2 commentaires | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 04-08-2009 à 09h46


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  Blog créé le 31-07-2009 à 08h36 | Mis à jour le 07-12-2010 à 09h36 | Note : 7.75/10